Archives de catégorie : Billets

Cynthia Skenazi – Hommage à Jerry C. Nash (1946-2026)

In Memoriam

Jerry C. Nash

(1946-2026)

La passion de Jerry Nash pour la recherche était patente. Sa minutieuse édition critique des Epistres familieres et invectives d’Hélisenne de Crenne (1996 et 2007), ses travaux sur Rabelais, Marguerite de Navarre, Labé, Denisot, Du Bellay, Ronsard, Montaigne en portent la marque. Mais l’expression la plus visible de cet enthousiasme se trouve dans ses nombreuses publications consacrées à Maurice Scève. Son livre The Love Aesthetics of Maurice Scève : Poetry and Struggle (1991) est à cet égard une référence indispensable. Centrée sur la Délie, cette étude combine des perspectives phénoménologiques à des conceptions humanistes pour s’inscrire en faux contre l’image d’un Scève volontairement obscur sinon illisible, une image que Du Bellay et Peletier Du Mans, entre autres, avaient répandue de façon polémique. Pour Nash, la densité des dizains et la complexité de l’expérience amoureuse qui en font l’objet visent à entraîner le lecteur dans une ascèse analogue à celle du protagoniste de l’œuvre. Per angusta ad augusta. Pour l’amant-poète de Délie comme pour le lecteur de ses vers, les obstacles et les frustrations qu’ils engendrent sont des épreuves à dépasser pour atteindre, à force de patiente persévérance, une forme plus élevée, ineffable, d’amour et de poésie et, de façon plus large, de « plus haulte vertu », selon le titre du recueil de Scève.

Professeur et chef de département à l’université de la Nouvelle-Orléans puis à l’université du Nord du Texas, Jerry Nash ne ménageait ni son temps ni ses efforts pour encourager les études sur le grand poète de Lyon et sur les textes de la première moitié du seizième siècle (Concordance de la Délie, 1976 ; Pre-Pléiade Poetry,1985). Chaque initiative mettait en valeur son ouverture à d’autres perspectives critiques que les siennes, son sens minutieux de l’organisation, sa bienveillante générosité envers les jeunes chercheurs. À ces traits s’ajoutaient les joies de la collaboration et de l’amitié fidèle, comme en témoignent ses codirections d’études réunies en l’honneur de Barbara M. Craig (1982) et de Donald A. Stone, Jr. (1991).

Ceux qui l’ont connu savent combien sa présence contribuait à la convivialité du cercle des seiziémistes de part et d’autre de l’Atlantique. Sa ferveur pour l’étude allait de pair avec des échanges enjoués ou le plaisir de nous faire découvrir le jazz et la gastronomie de la Nouvelle Orléans au cours des colloques qui s’y tenaient. Comme tout humaniste, Jerry Nash savait que l’univers des livres et la vie communiquent « Pour enrichir la povreté du Monde » (Délie, 53).

Cynthia Skenazi

Université de Californie, Santa Barbara

Prix Amis d’Agrippa d’Aubigné

L’Association des Amis d’Agrippa d’Aubigné lance un appel à candidatures pour son prix annuel d’une valeur de 2000 euros.

Ce prix récompensera un ou plusieurs ouvrages (publiés ou encore inédits s’il s’agit de thèses) portant soit directement sur A. d’Aubigné (1550-1630), soit plus largement sur la période traversée ou les grandes questions abordées par l’écrivain saintongeais, et cela sans exclusive de discipline (histoire, lettres, philosophie, etc.) ou de genre (essai, prose narrative, théâtre, poésie, bande-dessinée, etc.). Il peut s’agir d’ouvrages rédigés en français, traduits ou bien même rédigés dans une autre langue. Les supports audio/vidéo (podcast, documentaire, etc.) sont aussi éligibles.

Les propositions sont à envoyer avant le 30 juin 2026 au président de l’Association des Amis d’Agrippa d’Aubigné (julien.goeury@sorbonne-universite.fr).

Hommage à Jean Céard (1936-2025)

In memoriam

Jean Céard
(1936-2025)

Pour notre communauté seiziémiste, la disparition de Jean Céard, le 1er janvier 2025, n’ouvre pas seulement un deuil très douloureusement ressenti, car il avait entretenu des liens personnels avec beaucoup d’entre nous, sur plusieurs générations. C’est aussi une autorité scientifique irremplaçable que nous avons perdue. Beaucoup de métaphores fortement expressives nous viennent à l’esprit pour l’exprimer, mais comme lui-même détestait les fleurs de rhétorique, nous nous contentons de cette affirmation sobre et quelque peu insuffisante. Qui d’autre a jamais eu une connaissance aussi étendue, fondée sur la lecture des sources mêmes, de la littérature et de la pensée de la Renaissance (et d’autres périodes), dans tous les domaines, de l’humanisme juridique aux sciences naturelles, de la poésie à la démonologie, des récits de voyage à la médecine ? Qui d’autre en a eu une compréhension aussi fine, profonde et ingénieusement perspicace, capable de transformer notre vision, tout en restant mesurée, ouverte et prudente dans l’exposé des conclusions ? Qui d’autre a montré un acharnement aussi infatigable dans l’enquête, ayant horreur de toute négligence, de toute habileté à esquiver les difficultés, de toute hâte à formuler des théories brillantes ? Qui a consacré autant de temps et de peine à produire, à aider à produire, ou à enrichir et corriger, des éditions de texte, des ouvrages de référence, des instruments de travail utiles à tous ? Et qui de nous ne l’a pas sollicité pour une référence introuvable ? Sa bibliographie impressionnante (presque 240 titres, dont Esculape et Dionysos, ses Mélanges de 2008, donnent un recensement très provisoire) devrait être multipliée si on voulait donner une idée plus juste de son activité et de son rayonnement en citant tous les ouvrages qu’il a inspirés, ou dont il a accompagné l’élaboration et contrôlé l’exactitude, par exemple dans ces petits ateliers informels qu’il accueillait si volontiers chez lui, autour de la table surplombée par des murs de livres.

C’était un maître incomparable, qui donnait une complète liberté à ses élèves, leur laissait l’entière responsabilité de leurs hypothèses, mais cherchait toujours à leur transmettre non seulement son savoir mais aussi son éthique de chercheur, et n’hésitait jamais à démolir un raisonnement fragile en opposant un document irrécusable, ou à crever des ballons dont la belle apparence était artificieusement gonflée : un chercheur, selon lui, devait renoncer à la vanité comme à la susceptibilité. À certains apprentis il pouvait donner l’impression qu’il ne s’intéressait pas à leurs idées et se focalisait sur des détails… jusqu’à ce qu’une réflexion plus mûre leur enseigne que ces détails étaient ce qui pouvait les amener à rectifier une perspective faussée. Il agissait de même envers ceux qui faisaient appel à son aide, qu’il rencontrait dans des colloques, des jurys, ou lors de ses séjours à l’étranger – car il a été très tôt mondialement reconnu, comme en témoignent de multiples invitations qui se sont enchaînées à partir d’un premier séjour à Yale, en 1989-1990, et l’ont mené au Canada, en Israël, en Pologne et en d’autres lieux, mais qu’il a limitées pour ne pas nuire à ses autres tâches ; il était un soutien des études sur la Renaissance au Japon et a formé quantité de chercheurs de premier plan non seulement en France, mais à l’étranger, non seulement en littérature, mais en histoire du livre. Sa générosité profonde lui a gagné d’innombrables amitiés, tandis que sa franchise sans concession, en matière scientifique, a froissé quelques amours propres, ce dont il a parfois payé le prix au cours de sa carrière.

Il a été l’un des membres fondateurs de notre Société (1978), quelques années après la création de l’Association d’études sur la Réforme, l’Humanisme et la Renaissance (1975). D’abord secrétaire général, il fut ensuite le troisième président de la SFDES (après V.-L. Saulnier et Robert Aulotte), et son mandat a débuté avec éclat par les nombreuses manifestations de « l’année Ronsard », célébrant, en 1985, en collaboration avec le CESR de Tours, le quatrième centenaire de la mort du poète qui lui était si cher. Pour cet événement, il mit en place une réflexion commune entre la SFDES et la Bibliothèque nationale, avec Jeanne Veyrin-Forrer, pour organiser une remarquable exposition de livres, tableaux et tapisseries à la galerie Mansart du site Richelieu, qui fut inaugurée par le Président de la République de l’époque, François Mitterrand (cf. le catalogue Ronsard, la trompette et la lyre). Son rôle à la SFDES contribua à donner corps et présence à une communauté seiziémiste qui n’avait pas encore de réalité institutionnelle et qu’il fallut imposer entre ses imposants voisins médiévistes et dix-septiémistes, dans des universités qui considéraient le xvie siècle d’un peu loin ; la SFDES assurait un compagnonnage auprès des collègues, et jouait un rôle symbolique autant qu’humain de fédération et de motivation. À l’heure où la visibilité des études seiziémistes est un souci pour les jeunes générations, les bénéficiaires que nous sommes de ces engagements discrets mais essentiels ignorent parfois tout de ceux-ci. D’autant qu’en sus de la SFDES, Jean Céard fut également impliqué dans les sociétés transséculaires que sont la SHLF (Société d’Histoire littéraire de la France) et la STFM (Société des Textes Français Modernes), dans des institutions aussi importantes que la Section de l’Humanisme de l’IRHT (Institut de Recherche et d’Histoire des Textes, CNRS), le CESR (Centre d’Études Supérieures de la Renaissance de Tours), dont il présida le Conseil de perfectionnement, ou le CNL (Centre National du Livre), dont il présida la Commission des Littératures classiques, et dans la défense des études classiques, au sein de l’association Guillaume Budé où il œuvra, toute sa vie durant, au dialogue entre représentants des études sur l’Antiquité et la Renaissance.

À toutes les universités qui l’ont élu, Tours, Orléans, Paris XII, Paris X-Nanterre, il a apporté une contribution marquante, aussi bien par la qualité de ses cours, denses, intellectuellement stimulants, aussi riches d’informations qu’accessibles et plaisants, que par l’intérêt et la nouveauté de ses sujets de séminaires (qu’il donnait aussi parfois hors les murs, comme à l’Institut de Recherche et d’Histoire des Textes). À Nanterre, avec Daniel Ménager avec qui il formait un duo d’une complémentarité totale, il anima des années durant un séminaire très suivi qui fut à l’origine d’une petite « école de Nanterre ». Ces rencontres frappaient tant par la diversité de leur assistance pluridisciplinaire et internationale que par la fantaisie de leurs sujets, ouverts sur la pluralité de savoirs. Il n’avait peur de rien : avec lui, les monstres, les diables, les sorcières, les géants, l’occulte sous toutes ses formes, et bien des animaux bizarres sont entrés en force dans la littérature, non seulement comme objets de discours, mais comme univers de référence indispensable. C’était un fascinant cortège où défilaient de fort sérieux Pères de l’Église, des cosmographes, des lexicographes, des mythographes, des astronomes, des médecins et quelques charlatans (moins charlatans toutefois qu’on ne l’aurait cru), des écrivains sentant le soufre, l’imposture ou la persécution. Chacun y retrouvait ses auteurs favoris, et tous en ressortaient avec un regard transformé. Au milieu de son exposé, il sortait de sa sacoche un livre ancien de sa bibliothèque (qu’il a léguée à l’Université Gustave-Eiffel) et invitait à consulter les commentateurs, les compilateurs, les paraphrastes dans les éditions d’époque et naturellement en latin – ce qui ne l’empêchait pas de plaisanter sur certains titres (comme le Guidon de Guy de Chauliac), de citer Tintin au passage, de se délecter des doubles jeux de ses auteurs, de pétiller aux perles de ses étudiants. À ce rayonnement qui excédait amplement les murs de l’Université, et qui continue d’exercer son influence sur les nouvelles générations de chercheurs, s’ajoute la conscience avec laquelle il a assumé de lourdes charges administratives, car ses responsabilités dans le domaine de la formation et de la transmission du savoir lui semblaient s’étendre bien au-delà de son programme annuel d’enseignement.

Le meilleur exemple en est donné par ses années à Paris XII (1976-1993), au cours desquelles il fut nommé vice-recteur de l’Académie de Créteil et directeur de la Mission Académique de Formation des Personnels de l’Éducation Nationale (MAFPEN), tout récemment fondée (en 1982), sur nomination directe du ministre de tutelle, alors Jean-Pierre Chevènement. Tout en devant compter avec les exigences des syndicats, comme avec les résistances de certains enseignants et directeurs d’établissements, il organisa un réseau de formations internes, programmées dans des plans annuels, et dont il surveillait aussi les contenus pour ne pas laisser la part trop belle aux « spécialistes de pédagogie en chambre » (comme il disait). Loin de ne porter que sur les sciences humaines, cette mission exigea des choix difficiles dans des disciplines relevant des sciences dures, de l’apprentissage manuel ou du sport. Il assurait lui-même, pour diverses catégories de personnels, certaines formations, qui surent convaincre les plus rétifs, et allait rencontrer toutes sortes de publics – l’une de ces visites, auprès de jeunes enfants, a été rappelée lors de ses obsèques. Car Jean Céard aimait les enfants, ce que beaucoup d’entre nous ont pu expérimenter de près, et était à l’écoute de leurs mots autant qu’attaché aux nécessités de sa mission et à la rigueur des apprentissages – une équation délicate, qui en aurait découragé plus d’un. Il s’impliqua aussi dans la réforme des CAP, comme dans le développement des concours internes, notamment celui de l’agrégation qu’il présida en s’efforçant d’en maintenir l’exigence et le niveau, fût-ce en résistant à certaines directives du ministère. C’était l’époque où ses collègues et ses disciples ne pouvaient le joindre au téléphone qu’entre 6h30 et 7h du matin, et où les lettres s’empilaient sur son bureau sans qu’il ait le temps de les ouvrir. Il y mit fin en comprenant qu’il risquait de ne plus pouvoir s’adonner à la recherche.

Car la recherche est restée, de ses débuts jusqu’à la fin de sa vie, l’activité en laquelle il a investi avec le plus de bonheur son énergie, son intelligence vive et méthodique, sa liberté de pensée et son immense curiosité, celle qui lui a donné la joie de toujours préciser davantage sa vision, et d’apporter du nouveau – talent qu’il a affirmé presque d’emblée, avec audace et sûreté. Seuls les témoins, de plus en plus rares, de l’événement peuvent se figurer l’effet produit par sa thèse, imprimée en 1977 sous le titre de La nature et les prodiges. L’insolite au xvie siècle en France, ou même tout simplement par son arrivée sur la scène des études littéraires. La plus âgée des rédactrices de cette notice a gardé un vif souvenir de la première fois où elle l’a vu. C’était lors de sa découverte des colloques universitaires et du monde des seiziémistes, aux journées sur « La conscience européenne aux xve et xvie siècles » qui eurent lieu à l’ENSJF, boulevard Jourdan, à l’automne 1980. Un jeune professeur attirait particulièrement l’attention, par un charisme très singulier qui s’exerçait sans aucun effet d’emphase, et par l’autorité surprenante avec laquelle il mettait en évidence les points faibles des discours les mieux composés, par des remarques nettes et concises, prononcées d’une voix ferme et rapide, sans jamais hausser le ton. Dans le public, on disait : « C’est Céard ! », avec admiration et un peu de crainte.

Céard avait en effet, dès cette époque, opéré un changement de perspective en imposant l’érudition philologique comme le premier instrument du renouvellement de la connaissance et des idées, et en montrant qu’un sujet perçu comme marginal, étranger à la littérature et d’une dignité douteuse (les monstres) permettait de projeter une lumière révélatrice sur des domaines essentiels de la culture de la Renaissance. Notre discipline en a immédiatement bénéficié : le seizième siècle, qui faisait jusque-là un peu figure de parent pauvre avec son petit nombre de ‘grands auteurs’, entre le riche Moyen Âge et le prestigieux dix-septième siècle, se révélait comme un immense territoire de découverte et d’expérimentation, très attirant pour les chercheurs. Et la lecture des ‘grands auteurs’ a été la première à recueillir les fruits de ce changement : c’est une évidence qu’il est inutile de développer.

Jean Céard estimait que pour commencer à débrouiller un peu l’enchevêtrement de la production culturelle d’une époque, il fallait abandonner la démarche alors la plus ordinaire dans les études littéraires : se mettre dans une position surplombante et prendre pour objets quelques cimes, dont la connaissance approfondie serait censée donner une juste idée de l’ensemble. Mieux valait explorer le terrain, et en dresser la topographie, en se situant au ras du sol – sans s’interdire de gravir les éminences qui se présentent pour prendre ici et là de la hauteur. Il fallait donc commencer par consulter les instruments de travail des écrivains (très souvent des humanistes), s’interroger sur le savoir et les méthodes qui leur venaient de leur profession (beaucoup étaient juristes, quelques-uns médecins), reconstituer leur bibliothèque, avant d’analyser leurs œuvres. En donnant leur importance à de tels travaux d’approche, il s’inspirait de certains courants de la recherche historique, notamment développés à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (créée en 1975, à partir de la VIe section de l’EPHE), comme l’anthropologie appliquée à des domaines comme la sorcellerie, la microhistoire, l’histoire culturelle des sciences. Ce grand philologue a été un fidèle partenaire de la Section de l’humanisme de l’IRHT.

Il a démontré la liberté de mouvement et la perspicacité accrues qu’on gagne à s’affranchir des rigidités des classements hiérarchiques en grands et petits genres, auteurs majeurs et mineurs, domaines centraux et marginaux. Pour les exemples, on a l’embarras du choix : avec Jean-Claude Margolin, il a consacré aux rébus de Picardie et à leurs prédécesseurs et cousins un ouvrage récréatif et érudit (Rébus de la Renaissance. Des images qui parlent, Maisonneuve et Larose, 1986) ; il a fait émerger aux yeux des chercheurs le continent des commentaires, dictionnaires et autres thesaurus, et révélé leur rôle, selon les cas, de soubassement, d’accompagnement ou de matrice de la création littéraire ; il a sorti de l’ombre l’œuvre monumentale de Nicolas Abraham de La Framboisière, archiatre de Henri IV et de Louis XIII, diligent lecteur d’Ambroise Paré et avisé diététicien ; lui qui était un modèle de clarté et de sobriété dans le raisonnement et l’écriture, il s’est intéressé à des œuvres qui décourageaient beaucoup de lecteurs par leur caractère touffu et labyrinthique : c’est ainsi qu’il a montré comment les Discours philosophiques de Pontus de Tyard (en réalité des dialogues, bourrés de connaissances mais ne privilégiant aucune direction, ni ne délivrant de leçon dogmatique) pouvaient être le miroir d’une approche du savoir caractéristique des humanistes de la seconde partie du siècle. On le sait, ni Rabelais, ni Ronsard, ni Montaigne, auxquels il a consacré des études novatrices et des éditions faisant autorité, et qui visaient avant tout à être utiles, n’ont souffert de son attirance pour les zones inexplorées.

Les jeunes seiziémistes, qui continuent à se référer à La nature et ses prodiges et à ses autres ouvrages, estiment peut-être que les orientations de recherche dont il vient d’être question vont tout simplement de soi, mais les nombreux disciples directs de Jean Céard, qu’il a encouragés à découvrir les terrains dont il n’avait pas le temps de s’occuper lui-même, souvent en prenant au sérieux leurs élans et leurs intuitions (car il n’était sévère que pour les résultats), savent combien de passages il leur a ouverts, à ses risques et périls, et au prix d’un immense labeur.

Isabelle Pantin[1]

Anne-Pascale Pouey-Mounou[2]

[1] ENS – PSL

[2] Sorbonne Université

Isabelle GARNIER – Hommage à Simone de Reyff

In memoriam

Simone de Reyff (1947-2025)

Ce fut un coup de tonnerre à la fin de l’été. La disparition accidentelle de Simone de Reyff ce 4 septembre 2025 à l’âge de 78 ans a plongé la communauté seiziémiste dans la sidération. Comment imaginer que notre collègue suisse, professeure titulaire à l’université de Fribourg jusqu’à sa retraite en 2012, ne partagerait plus avec nous son enthousiasme rayonnant, son érudition si fine, son amitié discrète, et que les travaux communs projetés pour 2026 ne verraient pas le jour ?

Depuis sa thèse sous la direction d’Yves Giraud en 1977, qui avait conduit à une première édition critique des Prisons de Marguerite de Navarre (Droz, 1978), Simone de Reyff a occupé une place de tout premier plan dans la recherche sur le XVIe siècle. Son attachement initial au corpus margaritique ne s’est jamais démenti : après une édition de L’Heptaméron dans une collection de poche (GF-Flammarion, 1982), elle a intégré dès la première heure l’équipe éditoriale des Œuvres complètes de la reine de Navarre (Paris, Champion, sous la direction de Nicole Cazauran). Elle a tout d’abord livré au public un poème méconnu inspiré du Livre de l’apocalypse, Le Triomphe de l’Agneau (t. III, 2001), avant d’éditer La Fable du faux Cuider ou L’Histoire des Satyres et Nymphes de Diane en 2012 (dans le t. V partagé avec André Gendre et Loris Petris). Enfin, tout récemment, elle a donné sa contribution la plus importante à ces Œuvres complètes en achevant avec Jean Lecointe un volume ambitieux réunissant les deux derniers poèmes majeurs de Marguerite : La Navire et Les Prisons (t. XI, 2023, 620 p.), une édition à l’annotation délibérément généreuse, qui souligne la vocation testamentaire de ces deux sommes de la Reine et se lit « comme l’écho des sources essentielles qui […] ont forgé parallèlement une conscience et une écriture » (p. 11).

La prédilection de Simone de Reyff pour l’édition critique, servie par sa connaissance magistrale des enjeux linguistiques, de l’intertexte biblique et des subtilités herméneutiques de textes profanes et chrétiens médiévaux et renaissants, s’est étendue bien au-delà du cadre margaritique pour embrasser la tradition théâtrale du Moyen Âge à l’âge classique. Renouvelant les collaborations fructueuses, son activité éditoriale s’est considérablement élargie : citons, parmi bien d’autres, La Farce de Jeannot dans le sac (Droz, 1990, avec M.-Cl. Gérard-Zai) et le Mistere de l’Institution de l’Ordre des Freres Prescheurs (Droz, 1997, avec M.-Cl. Gérard-Zai et G. Bedouelle) ou encore l’édition en ligne du Parnasse réformé (1668) de Gabriel Guéret (2018 ; avec Ch. Schuwey et Cl. Bourqui, http://www.parnassereforme.fr) et la version bilingue de la Maria Stuart (1683) d’August Adolf von Haugwitz (avec R. Zeller, pour la collection « Scènes Européennes » des Presses Universitaires François Rabelais à Tours).

Se déployant pendant trente-cinq années dans la sphère académique, le talent pédagogique hors pair de Simone de Reyff, sa passion communicative et son exigence scrupuleuse ont fasciné et subjugué ses étudiantes et étudiants, favorisant l’éclosion de leur vocation universitaire, et pour une bonne partie, les aimantant vers le XVIe siècle – « Simone a changé ma vie », a pu dire l’une d’entre elles (devenue professeure), au lendemain de la terrible nouvelle. Ayant offert à la communauté scientifique une collection d’articles d’une remarquable variété, Simone impressionnait par sa culture encyclopédique, sa modestie et sa faculté d’enrichir sans cesse son propre regard sur les œuvres, stimulant et renouvelant nos approches. Elle nous a donné l’exemple de lectures ô combien enthousiasmantes, livrées au gré des rencontres – par exemple sur sa chère Marguerite à Lyon, en 2017, en 2019, et encore en 2024 à l’occasion des cinq cents ans du Dialogue en forme de vision nocturne, ou à Cracovie en juin 2025 autour de Barbara Marczuk. Ces interventions prenaient place dans un agenda resté très dense, témoignant de la diversité de ses centres d’intérêt. Elle s’était ainsi attachée plus récemment aux pratiques quotidiennes d’écriture ainsi qu’à l’histoire du livre et de la lecture à Fribourg aux XVIIIe et XIXe siècles. Elle avait organisé notamment une exposition sur la bibliothèque des Capucins de Fribourg, donnant lieu à un catalogue très remarqué (Territoires de la mémoire / Raüme des Wissens, PLF, 2021), avant d’éditer des manuscrits de la sculptrice et autrice Marcello (1876-1879 ; Archives de l’État de Fribourg, 2022).

Nul doute que son exemple et ses travaux continueront d’inspirer chercheuses et chercheurs, par l’élan qui les habite et par l’énergie dont ils rayonnent – comme aussi son amicale sagesse, quand elle nous racontait « une promenade au couchant sur les bords du Léman pour nous rappeler qu’il n’y avait pas que les travaux savants ». Qui mieux que notre Marguerite pour exprimer la continuité, le passage, la transformation ?

Mort a donné à vie mort neïfve.
Par ceste mort moy morte reçoy vie :
Et au vivant par la mort suis ravie.
En vous je vy : quant à moy je suis morte.
Mort ne m’est plus que d’une prison porte.
Vie m’est mort, car par mort suis vivante.

Le Miroir de l’âme pécheresse

Isabelle GARNIER
(Université Lyon 3-Jean Moulin)

Un mystère à Carentan : le Saint Julien retrouvé (1529) – 28-31.07

Colloque
“Un Mystère à Carentan : le Saint Julien retrouvé (1529)”
Cerisy-La-Salle – 28-31 juillet

ARGUMENT :

Tout part de la découverte d’un exemplaire imprimé du Mystère de Saint Julien, pièce représentée à Carentan (Normandie) en 1529-1530. La trouvaille est spectaculaire, puisqu’on pouvait avoir le sentiment que toutes les pièces de ce genre avaient été dénichées, éditées et analysées. Il s’agit donc d’un évènement majeur pour l’histoire du théâtre français.
À Cerisy, ce mystère atypique fera l’objet d’une étude littéraire et historique visant à éclairer son contexte de production, son ancrage dans la vie culturelle, mais aussi à révéler ses enjeux dramaturgiques et linguistiques. Fort d’une ambition interdisciplinaire, le colloque se distinguera par son ouverture : à travers la rencontre entre public et spécialistes, il sera l’occasion de penser les conditions de représentation du mystère et d’éclairer la vie culturelle en Normandie à la fin du Moyen Âge. Des tables rondes, des performances musicales et dramatiques ponctueront les quatre jours.


MOTS-CLÉS :

Dévotion, Hagiographie, Moyen Âge, Mystère, Normandie, Osber (Nicolas), Pèlerinage, Poésie dramatique, Réforme, Renaissance, Théâtre


CALENDRIER PROVISOIRE (16/07/2025) :

Dimanche 27 juillet
Après-midi
ACCUEIL DES PARTICIPANTS

Soirée
Présentation du Centre, du colloque et des participants


Lundi 28 juillet
Matin
DÉCOUVERTE DU MYSTÈRE DE SAINT JULIEN REPLACÉ DANS SON CONTEXTE
Jean-Baptiste AUZEL & Denis HÜE : Ouverture
Mario LONGTIN : Le Saint Julien de Nicolas Osber : un mystère parmi les mystères
Marion POUSPIN : La place du saint Julien dans le monde imprimé normand de l’époque

Après-midi
POÉSIE, RÉSEAUX, HISTOIRE
Lyse ROY : Nicolas Osber, étudiant de l’université de Caen
Louise FRAPPIER : L’influence de l’Œdipe de Sénèque dans le mystère de Nicolas Osber

Soirée
Récit de la découverte du Mystère de Saint Julien et lecture italienne, par Denis HÜE et Mario LONGTIN


Mardi 29 juillet
Matin
ANALYSE LITTÉRAIRE DU TEXTE (I) — LANGUE ET FORMES
Stéphane LAÎNÉ : La langue de Nicolas Osber, langue de Normandie au premier XVIe siècle
Corinne DENOYELLE : Formes et fonctions des rondeaux triolets dans le Mystère de Saint Julien

Après-midi
ANALYSE LITTÉRAIRE DU TEXTE (II) — LE TEXTE EN PERFORMANCE
Stéphanie LE BRIZ-ORGEUR : “Pour neant je suis nommé Mordant”, “Puis que je suis lieutenant general / du noble Roy, je dois estre loyal”… : mise en drame et (possibles) mises en scène du libre arbitre dans Le jeu et mistere de Monsieur saint Julien
Jelle KOOPMANS : Affaires infernales et un personnage tantalisant (Tantalus)

Soirée
Traverser le Jeu et mystère de monsieur saint Julien : une expérimentation théâtrale du collectif de La Bourrasque, avec Marie BOUHAÏK-GIRONÈS et Fabien CAVAILLÉ | Présentation


Mercredi 30 juillet
Matin
LA DÉVOTION À SAINT JULIEN, CONTEXTE HISTORIQUE, LITTÉRAIRE ET ARTISTIQUE
Sandra DUCRUET : Saint Julien l’hospitalier, du texte hagiographique au mystère
Adeline RUCQUOI : Saint Julien pèlerin et protecteur des pèlerins de Compostelle

La dévotion à saint Julien dans l’ouest de la France à la fin du Moyen Âge (XIVe-XVIe siècles), table ronde avec Vincent JUHEL [Les chemins de pèlerinage entre Manche et Bretagne] et Thibaut LEHUÉDÉ [Saint Julien de Vouvantes]

Après-midi
“HORS LES MURS” — À CARENTAN-LES-MARAIS
Ouvert au public : Visite de l’église de Carentan avec le père Daniel JAMELOT, suivie de l’intervention d’Éric BARRÉ : Aux origines de la famille Osber, Pierre Osber, un profiteur de la Guerre de Cent Ans

Au théâtre de Carentan-les-Marais
Denis HÜE : Nicolas Osber, poésie en Normandie début du XVIe siècle

L’aventure maritime des Normands et la fin du Moyen Âge (1500-1540), table ronde avec Mario LONGTIN, Romain BERTRAND et Christophe MANEUVRIER

Soirée
Au théâtre de Carentan-les-Marais
Ouvert au public : Parole et musique dans le Saint Julien, par François RÉMOND et Chloé RICHARD-DESOUBEAUX


Jeudi 31 juillet
Matin
La place du Saint Julien : dramaturgie en Normandie, tradition et innovation, table ronde avec Mario LONGTIN, Denis HÜE, Clément SALIOU et Camille SALATKO

Jean-Baptiste AUZEL, Jérémie BICHÜE, Denis HÜE & Mario LONGTIN : Conclusions générales du colloque

Après-midi
DÉPARTS


Un carnet de recherche Hypothèses (https://norpoesie.hypotheses.org) servira de journal de bord pendant toute la durée de la manifestation. Vous y trouverez également une brève présentation de l’œuvre qui fait l’objet des recherches.

Hommage à Giuseppe Di Stefano (1936-2025)

In memoriam

Giuseppe Di Stefano
(1936-2025)

Giuseppe Di Stefano était une figure incontournable des études médiévales et un maître incontesté du moyen français. Nous avons appris avec une profonde tristesse sa disparition le 1er janvier 2025.

Né le 4 janvier 1936 à Enna (Sicile), sa formation le mena du Lycée Napoleone Colajanni à l’université de Turin (laurea sous la direction de Franco Simone), puis à l’EPHE (dir. Felix Lecoy). D’abord lecteur à Grenoble (1960) puis à Paris (1961 et 1962), il fut ensuite attaché de recherche au Centre de la Recherche Scientifique (1963-1969, dir. Gilbert Ouy). Il poursuivit sa brillante carrière internationale en devenant professeur titulaire des universités italiennes (1974), avec une chaire en littérature française à l’université de Palerme, puis full professor à la McGill University de Montréal, où il enseigna de 1969 jusqu’à sa retraite. Le 1er septembre 2009, le doyen de la Faculté des Arts de McGill lui conféra le titre honorifique d’emeritus professor.

L’apport de Giuseppe Di Stefano aux études en littérature médiévale est immense. On lui doit d’avoir érigé le moyen français en domaine d’étude autonome. Dans le sillage de Pierre Guiraud en France et de Franco Simone en Italie, il explora cette langue sous un triple aspect, linguistique, philologique et littéraire.

Fondateur de la revue Le Moyen Français (1977), il cofonda ensuite avec Rose M. Bidler les éditions CERES (1979), qui, outre la revue Le Moyen français jusqu’en 2006, publient les collections « Bibliothèque du Moyen Français », « À la recherche d’un langage perdu », « Inedita & Rara », « D’Hier à Demain ». Son monumental Dictionnaire des locutions en moyen français (1991), abrégé sous le titre Toutes les herbes de la Saint-Jean (1992), fut récompensé par le prix Chavée de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres (1993). En 2015, une nouvelle version du Dictionnaire en a élargi les bornes chronologiques des origines au seizième siècle.

Giuseppe Di Stefano resta fidèle toute sa carrière à la question de la réception de Boccace en France : on lui doit notamment l’édition des Cent Nouvelles de Laurent de Premierfait (1999). Langue et littérature n’étaient pas dissociables selon lui. Pour cette raison, un même esprit de rigueur et d’analyse, une même lucidité critique, une même attention au détail propres à la philologie ont guidé ses travaux, qu’il ait abordé Jean Courtecuisse, la fortune de Plutarque en Occident, Villon, travaillé à son dictionnaire des locutions, à de nombreux autres articles. Rédacteur pendant vingt-cinq ans de la revue Studi Francesi, ses articles, comptes rendus et notices bibliographiques témoignent de son érudition et de son intérêt pour les échanges culturels.

Les colloques biennaux qu’il organisait à McGill, en collaboration avec Rose M. Bidler, permirent ainsi aux jeunes chercheurs qui abordaient le moyen français de rencontrer les experts chevronnés. L’atmosphère de bienveillance n’y était pas incompatible avec le souci partagé d’excellence scientifique. Les actes parus dans Le Moyen Français témoignent des avancées accomplies lors de ces rencontres, par exemple sur La locution (1984), le passage Du manuscrit à l’imprimé(1988) ou encore Néologie et création verbale (1996).

Comme tous les clercs italiens, Giuseppe di Stefano répondait à l’appel de Dante à Seguir virtute e conoscenza. Ses amis l’ont rappelé en choisissant d’intituler « Pour acquerir honneur et pris » le volume de mélanges qui lui fut offert en 2004. Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres, éditorialiste pour Il Cittadino Canadese, et personnalité de la semaine pour La Presse en 1993, Giuseppe Di Stefano savait allier rigueur savante et ouverture à la vie civile. Il nous lègue son souci de transmission des savoirs et une vision pionnière de la discipline.

Avec sa disparition, nous perdons non seulement un grand érudit, mais aussi un bâtisseur et un témoin passionné de son époque, dont l’œuvre continue à éclairer et enrichir le domaine des études médiévales.

Claudio Galderisi[1]

Tania Van Hemelryck[2]

avec la SFDES

Ce texte adapte l’hommage précédemment paru sur le site de l’AIEMF (Association internationale des Études sur le Moyen Français).

[1] Université de Poitiers

[2] Université de Louvain-la-Neuve

Colloque international “Emerveillements savants, (XVIe-XVIIIe siècles)” – Poitiers 26-27 mai 2025

Colloque international

De l’hydre à la chenille

Émerveillements savants

(XVIe-XVIIIe siècles)

Université de Poitiers, 26 et 27 mai 2025

 

Org. Myriam Marrache-Gouraud et

Antonia Zagamé (FoReLLIS-B)

 

Les deux jours du colloque sont précédés d’une table ronde

le vendredi 23 mai à 18h30.

Table ronde « Eurêka ?! »

avec Pascal Duris (U. Bordeaux) et Jérôme Lamy (CNRS), historiens des sciences

Poitiers, Médiathèque François-Mitterrand, 4, rue de l’Université, Salle Jean-Richard Bloch. Entrée libre et gratuite, tous publics.

 

Programme

Lundi 26 mai. MSHS Salle des conférences

(Université de Poitiers)

 

10h Accueil café

10h15 Mot d’accueil

  • Émerveillement, découverte et connaissance (XVIe-XVIIe siècles)

Modérateur : Pierre Martin

10h30 Dominique Brancher (Yale University, USA), Le chemin des pierres. Montaigne minéralogiste

11h10 Nathalie Godnair (Université de Tours), “Mais admirons-nous ces objets ?” : nature, écriture et enjeux des émerveillements savants dans Le Cabinet de Minerve de François Béroalde de Verville (1596)

11h50 David Sedley (Haverford College, USA), Admiration et mécanisation chez Descartes

12h30 Déjeuner

  •  Émerveillement et controverses savantes (XVIIe-XVIIIe siècles)

Modérateur : Dominique Moncond’huy

14h Julien Gominet-Brun (Université de Montpellier 3), Sciences et merveilles chez Charles Sorel

14h40 Adrien Miqueu (Université de Lausanne, Suisse), Merveilles de la théologie naturelle : fractures confessionnelles, fractures savantes

15h20 Jean-Christophe Abramovici (Sorbonne Université), La découverte émerveillée et controversée des animalcules spermatiques au XVIIIe siècle

16h-16h20 Pause café

Modératrice : Aurélia Gaillard

16h20 Mélanie Slaviero (Sorbonne Université), L’émerveillement du style naturaliste d’après Buffon

17h00 Adrien Mangili (Université de Genève, Suisse), Ambivalences de l’émerveillement savant dans Le Rêve de d’Alembert

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Mardi 27 mai. Château d’Oiron

8h00 Rdv sur l’esplanade de Notre-Dame pour un départ en car à 8h25

10h Accueil café au château d’Oiron

Plaisirs partagés de l’émerveillement savant

Modérateur : Adrien Mangili

10h30 Aude Volpilhac (Université catholique de Lyon), Un émerveillement terre-à-terre. Enjeux polémiques, épistémologiques et littéraires de l’admiration pour les fruits du jardin (L’instruction pour les jardins fruitiers et potagers de Jean-Baptiste de la Quintinie, 1690)

11h10 Isabelle Moreau (Ecole normale supérieure de Lyon), Du caméléon au papillon : l’émerveillement au salon

11h50 Aurélia Gaillard (Université Bordeaux Montaigne), Le clavecin oculaire de Bertrand Castel : une machine savante pour quel émerveillement ?

12h30 Déjeuner

13h30 Visite du château

15h15 Départ du château

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INFORMATIONS PRATIQUES

Lieux :

  • le 26 mai : Université de Poitiers, Maison des Sciences de l’Homme et de la Société, bat. A5, 5 rue Théodore Lefebvre, 86000 Poitiers
  • le 27 mai : Château d’Oiron, 10-12 rue du château, Oiron,  79100 Plaine-et-Vallées
    > Pour venir en voiture : De Saumur : N 147 vers Parthenay, D 938 jusqu’à Thouars, puis D 37 et D 64 // De Poitiers : N 147 jusqu’à Loudun, puis D 759 vers Thouars et D 64 // De Tours : D 751 jusqu’à Loudun, D 759 vers Thouars et D 64
Inscription obligatoire  : 

 

Contacts : myriam.gouraud@univ-poitiers.fr / antonia.zagame@univ-poitiers.fr

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Argument

Selon Aristote, l’étonnement est étroitement lié au désir de connaître, en ce qu’il nous pousse vers l’observation minutieuse et provoque l’enquête qui tend à l’élucidation des causes des phénomènes. Peut-on alors penser que l’émerveillement, cet étonnement fasciné devant une chose inconnue ou énigmatique, tient le rôle d’aiguillon du savoir ? Le présent colloque souhaite, confrontant textes et iconographie, interroger la place et l’enjeu de l’émerveillement dans le contexte savant du XVIe au XVIIIe siècle, une longue durée marquée par de nombreuses découvertes au plan scientifique et technique. Il entend permettre de dessiner ainsi des lignes de force, ciblant certains objets ou certaines nuances de l’émerveillement, en étudiant leur ancrage historique – certains sont topiques depuis l’Antiquité – comme leur connotation changeante. Si en effet l’émerveillement pourrait sembler constituer un lieu commun de la réception des « singularités » de la nature ou de l’art, au point que les mirabilia jouent un rôle essentiel dans l’acquisition des savoirs durant la première modernité[1], cette modalité de la réception se maintient en empruntant d’autres formes au sein des Académies fondées au XVIIe et des cabinets de physique ou des expériences publiques de vols d’aérostats au XVIIIe siècle. Tantôt traité comme un élan, tantôt comme une blâmable naïveté, l’émerveillement constitue un point de tension essentiel dans le rapport au savoir : doit-il se dissiper devant l’encyclopédisme ou au contraire l’accompagner ?

La possibilité de l’émerveillement devant les objets scientifiques ou techniques varie non seulement dans le temps, mais aussi selon les lieux : si le cabinet de curiosités pose un certain nombre d’attentes et de conventions pour un émerveillement cultivé comme tel et sans cesse redynamisé par de nouvelles trouvailles, les théâtres anatomiques, les jardins, les salons ou les Académies…déclinent l’émerveillement, qu’il soit individuel ou partagé, élitiste ou ouvert, selon d’autres constantes. Afin d’ouvrir le champ de l’investigation, on considérera les objets scientifiques et techniques dans leur plus grande variété, qu’ils soient issus des domaines de la physique, de la médecine, des sciences de la nature, de la géométrie…en s’intéressant à toute machine ou instrument résultant d’une invention (imprimerie, musique, navigation, automates récréatifs, horlogerie, optique, art militaire, chirurgie, plastination des corps…). Les objets scientifiques sur lesquels porte cet émerveillement n’étant en effet plus tout à fait les mêmes, leur inscription dans le domaine des savoirs pourrait perdre de son sérieux et les apparenter à des divertissements de bateleurs : c’est là une dynamique encore peu étudiée[2], à la croisée de l’histoire des sciences, de l’histoire culturelle et de l’histoire des textes.

Alors que le regard sur les mirabilia délaisse progressivement l’unique et le nouveau pour se fixer sur les objets proches et communs, et transfère son intérêt du monstre à la puce, de l’hydre à la chenille, la littérature recueille ces émerveillements fugitifs pour en faire la matière de poèmes ekphrastiques, construire des personnages de savants, ouvrir l’espace des contes utopiques, de la poésie ou des romans scientifiques à ces découvertes surprenantes. C’est par la confrontation, de la Renaissance aux Lumières, des corpus savants aux textes plus explicitement esthétiques et littéraires, que le colloque entend circonscrire une histoire et une poétique, mais aussi une circulation des formes de l’émerveillement savant dans les différents régimes de discours.

Les questions suivantes seront privilégiées  :

-La place de l’émerveillement dans la relation au savoir, de la Renaissance aux Lumières : quels débats suscite à ces différentes époques l’articulation entre émerveillement et démarche scientifique ? Quel rôle joue la découverte fortuite, la sérendipité ? L’émerveillement trouve-t-il encore sa place dans le processus de la connaissance au seuil de la modernité ? Les Académies admettent-elles un certain type d’émerveillement, que les Encyclopédistes récusent, et comment la figure du savant évolue-t-elle alors, du studieux curieux de la Renaissance, au sceptique libertin, et jusqu’à l’érudit des Lumières ?

-Les objets de l’émerveillement savant. Quels objets sont capables de provoquer l’émerveillement, d’une époque à l’autre ? Phénomènes naturels ou prodiges techniques, monstres de la nature ou simples effets de ses lois fondamentales : comment se configure et se reconfigure graduellement ce qui est perçu comme merveilleux, surprenant, admirable ?

-Les continuités et ruptures dans l’expression de l’émerveillement du XVIe au XVIIIe siècle : surprise, admiration, interjections, exclamations, surperlatifs… quels sont les mots par lesquels se disent ces expériences d’enthousiasme (parfois intraduisibles) qui peuvent apparaître comme des substituts à la ferveur religieuse[3] ? Comment se construisent récits, descriptions, à quel dispositif rhétorique ou à quel champ sémantique les auteurs de ces différentes époques recourent-ils ? Le passage de la surprise suscitée par les monstres, les raretés, à une curiosité pour les phénomènes ordinaires et réguliers entraîne-t-il de nouvelles modalités de discours ? Les genres choisis et leur capacité de viser un certain type de destinataire se modifient-ils enfin à mesure que la culture scientifique s’ouvre à un plus large public (traités, correspondances, brochures, prospectus, articles de presse… ou encore poésie, récits, fictions) ?

-La nature de l’émerveillement savant. Quel pont peut-on établir entre les émotions que suscitent les merveilles de la nature ou de la technique et les expériences de plaisir proprement esthétique ? Quel lien peut se dessiner, notamment, avec la catégorie émergente du sublime, que l’on peut caractériser comme un saisissement devant une grandeur infinie (qui n’exclut pas du reste, chez Burke, l’infiniment petit) ? Quel écho existe-t-il enfin entre la redéfinition de la catégorie du merveilleux dans les poétiques littéraires du XVIIIe siècle et la promotion d’un nouveau type de merveilleux scientifique ou technique à cette période ?

[1] Comme l’ont montré par exemple les travaux de Lorraine Daston et Katherine Park (Wonders and the order of nature, London-New York, Zone Books, 2001). Les deux historiennes des sciences américaines confirment que la «passion de l’émerveillement» est toujours présente dans la République des Lettres au XVIIIe siècle, mais selon d’autres modalités que celles observées jusqu’alors : ce sont moins les écarts extraordinaires, les prodiges de la nature qui suscitent l’intérêt des savants, que sa marche ordinaire telle que la dévoilent l’observation et les expérimentations scientifiques.

[2] En 2020, la revue Lumen a consacré un numéro thématique à L’Émerveillement au XVIIIe siècle/Wonder in the Eighteenth century (dir. Christina Ionescu et Christina Smylitopoulos), dans le prolongement du congrès annuel de la Société canadienne d’étude du dix-huitième siècle de 2018, entièrement consacré à ce thème. Les deux coordinatrices de ce numéro thématique mettent en valeur la soif d’émerveillement du public des Lumières, et concluent que « la critique n’a qu’effleuré la surface de la question de l’émerveillement au dix-huitième siècle ».

[3] Voir notamment Aurélia Gaillard « De ‘la possibilité du flûteur automate’ (Helvétius) : les automates du XVIIIe siècle comme merveilles de substitution », dans L’Automate. Modèle, métaphore, machine, merveille, Aurélia Gaillard, Jean-Yves Goffi, Bernard Roukhomovsky et Sophie Roux (éd.), Bordeaux, PUB, « Mirabilia », 2012, p. 391-410.

 

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Bibliographie

Abiven, Karine, « Eurêka ! Anecdotes emblématiques au temps de la science expérimentale », in Histoires et savoirs. Anecdotes scientifiques et sérendipité aux XVe et XVIIe siècles, Frédérique Aït-Touati, Anne Duprat (dir.), Berne, Peter Lang (Nature, science et arts), 2012, p. 21-36.

Abramovici, Jean-Christophe, « Du « merveilleux vrai » des « petits animaux » Réaumur, entre rococo et Lumières », Dix-huitième siècle, vol. 42, n°1, 2010, p. 305-320.

Bert, Jean-François et Lamy, Jérôme, Voir les savoirs. Lieux, objets et gestes de la science, Paris, Anamosa, 2021.

Bert, Jean-François, Comment pense un savant, Paris, Anamosa, 2018.

Brancher, Dominique, Quand l’esprit vient aux plantes. Botanique sensible et subversion libertine (XVIe-XVIIe s.), Genève, Droz, 2015.

Céard, Jean (dir.), La curiosité à la Renaissance, Paris, Sedes-CDU, 1986.

Céard, Jean, La nature et les prodiges, Genève, Droz, 1977.

Dahan-Gaida, Laurence (dir.), Eurêka ! Récits savants de découverte et d’invention, Paris, Hermann, 2022.

Daston, Lorraine et Park, Katherine, Wonders and the order of nature, NY, Zone Books, 2001.

Gaillard, Aurélia, « De ‘la possibilité du flûteur automate’ (Helvétius) : les automates du XVIIIe siècle comme merveilles de substitution », in L’Automate. Modèle, métaphore, machine, merveille, Aurélia Gaillard, Jean-Yves Goffi, Bernard Roukhomovsky et Sophie Roux (éd.), Bordeaux, PUB, « Mirabilia », 2012, p. 391-410.

Giacomotto-Charra, Violaine, La philosophie naturelle en langue française. Des premiers textes à l’œuvre de Scipion Dupleix, Genève, Droz, 2020.

Hallyn, Fernand, « Galilée et le sublime », Littérature, 82, 1991, p. 43-45.

Ionescu, Christina et Smylitopoulos, Christina (dir.), L’Émerveillement au XVIIIe siècle/Wonder in the Eighteenth century, revue Lumen, 2020.

Knecht, Herbert H. « Le fonctionnement de la science baroque : le rationnel et le merveilleux », Baroque [En ligne], 12 | 1987. URL : http://journals.openedition.org/baroque/578 ; DOI : https://doi.org/10.4000/baroque.578

Lacour, Pierre-Yves, Lamy, Jérôme, et Marrache-Gouraud, Myriam (dir.), Choses à savoirs, numéro annuel de Dix-Huitième Siècle, 56, 2024.

Lafont, Anne (dir), 1740. Un abrégé du monde. Savoir et collections autour de Dezallier d’Argenville, Paris, Fage Éditions-INHA, 2012.

Lestringant, Frank (dir.), Le théâtre de la curiosité, Cahiers Saulnier n°25, Paris, PUPS, 2008.

Marchal, Hugues (dir.), Muses et ptérodactyles. La poésie de la science de Chénier à Rimbaud, Paris, Seuil, 2013.

Marrache-Gouraud, Myriam, L’homme-objet. Expositions anatomiques de la première modernité, entre savoir et spectacle, Genève, Droz, 2022.

Marrache-Gouraud, Myriam, La légende des objets. Le cabinet de curiosités réfléchi par son catalogue (XVIe-XVIIe siècles), Genève, Droz, 2020.

Marrache-Gouraud, Myriam, Martin Pierre et Moncond’huy, Dominique (dir.), La licorne et le bézoard. Une histoire des cabinets de curiosités, Montreuil, Gourcuff-Gradenigo, 2013.

Martinetti, Thibaud, Les muses de l’entomologie. Poétiques et merveilleux de l’insecte de Réaumur à Maeterlinck, Paris, Champion, 2023.

Pantin, Isabelle, et Péoux, Gérald (dir.), Mise en forme des savoirs à la Renaissance, à la croisée des idées, des techniques et des publics, Paris, Armand Colin, 2013.

Passeron, Irène et al., « La république des sciences. Réseaux des correspondances, des académies et des livres scientifiques » Introduction, Dix-huitième siècle, 2008/1 n° 40, p. 5-26. DOI : 10.3917/dhs.040.0005

Pomian, Krzysztof, Collectionneurs, amateurs et curieux. Paris-Venise, XVIe-XVIIIe siècles, Paris, Gallimard, 1987.

Schaffer, Simon, « Natural Philosophy and Public Spectacle in the Eighteenth Century », History of Science, 21, 1983, p. 1-43.

Schaffer, Simon, La fabrique des sciences modernes, Paris, Seuil, 2014.

Shapin, Steven, Une histoire sociale de la vérité. Science et mondanité dans l’Angleterre du XVIIe siècle, Paris, La Découverte, 2014.

Van Damme, Stéphane, Les voyageurs du doute. L’invention d’un altermondialisme libertin (1620-1820), Paris, Fayard, 2023.

Vuillemin, Nathalie, « De deux regards sur la nature : le savant face à l’artiste dans les “arts d’observer” de Benjamin Carrard et Jean Senebier », inÉcrire la Nature au XVIIIe siècle. Autour de l’Abbé Pluche, Françoise Gevrey, Jean-Louis Haquette, Julie Boch (dir.), Paris, Presses Universitaires de Paris-Sorbonne, 2006, p. 189-205.

 

Séminaire Peaux et merveilles – Poitiers Montpellier

Peaux et merveilles : corpus épidermiques

séminaire organisé par
Jérôme LAUBNER (U. Montpellier Paul-Valéry, IRCL) et
Myriam MARRACHE-GOURAUD (U. Poitiers, FoReLLIS)

Séminaire inter-sites entre Poitiers et Montpellier Jour : sauf exception, le jeudi après-midi

 

 

Pour qui s’intéresse aux imaginaires du corps, la peau constitue une enveloppe naturelle et sociale qui attire spontanément le regard et fixe certaines représentations iconographiques et textuelles. Le séminaire « Peaux et merveilles » a pour vocation d’interroger les formes qui traduisent cette fascination épidermique. Comment procède l’émerveillement pour des peaux qui prêtent à l’étonnement mais aussi à une exhibition ou à une dévaluation selon les époques ? Interdisciplinaire et international, le séminaire entend permettre la discussion entre des spécialistes de la première modernité et des époques moderne ou contemporaine afin d’explorer les dimensions littéraire et esthétique des phénomènes étudiés. À la croisée entre la littérature, l’histoire de l’art et l’histoire des sciences, « Peaux et merveilles » conçoit l’épiderme comme un lieu d’observation particulièrement fécond pour reconsidérer des phénomènes d’altérisation, de monstration, de fétichisation mais aussi de façonnement de soi et des autres.

Le séminaire, qui compte cinq séances, accompagne l’exploration des fonds patrimoniaux disponibles dans les deux villes qui accueillent le projet : Poitiers et Montpellier.

Programme :

 

1/ Couleurs de peaux (Poitiers, jeudi 23 janvier 2025, 14h-16h30)

Intervenantes : Dorine Rouiller (U. Neuchâtel/FNS) et Elina Galin (U. Poitiers)

2/ Peaux inscrites, peaux peintes (Montpellier, jeudi 6 février 2025, 13h30-16h30)

Intervenant·es : Camille Bloomfield (U. de Paris), Grégoire Holtz (UVSQ) et Craig Koslofsky (IEA de Nantes)

3/ Peaux écorchées (Poitiers, vendredi 4 avril 2025)

Intervenant·es : Stéphane Bikialo (U. Poitiers), Dominique Brancher (U. Yale) et Irène Salas (EHESS)

4/ La peau des morts (Montpellier, jeudi 5 juin 2025)

Intervenant·es : Evelyne Berriot-Salvadore (UMPV), Nicolas Delestre (AFITT/U. Claude Bernard Lyon I) et Thomas Hunkeler (U. Fribourg)

5/ Vieilles peaux (Poitiers, jeudi 9 octobre 2025)

Intervenant·es : Louise Dehondt (U. Caen), Lola Marcault (U. Paris Cité) Alexandre Moussa (U. Poitiers)

Toutes les séances sont en hybride, lien zoom accessible sur demande à myriam.gouraud@univ-poitiers.fr ou à jerome.laubner@univ-montp3.fr

Mobilisation : Marche pour les sciences – 7 mars 2025

 

La SFDES  a fait le choix de relayer sur son site cet appel à la mobilisation de Stand up for Science, le 7 mars 2025. Ce message émane du Cossaf, dont la SFDES est désormais membre. 

 

Chères et chers collègues,

Vous avez peut-être déjà entendu parler de la Marche pour les Sciences 2025 organisée le 7 mars par le collectif standupforscience.fr initié par trois des co-organisateurs/trices de la marche pour les sciences 2017 (Olivier Berné, Emmanuelle Perez-Tisserand et moi même). Cette marche aura lieu le même jour que la marche StandupForScience 2025 aux USA (voir ci-dessous).

Nous sommes toutes et tous horrifiés par ce qui se passe actuellement aux USA. Un moment clé de l’histoire mondiale pourrait être en train de se jouer, où la France et l’Europe doivent réaffirmer leur attachement à une démocratie forte s’appuyant sur les connaissances factuelles du monde naturel et des sociétés humaines et de leur évolution apportées par la recherche scientifique, des humanités aux sciences de l’ingénieur.

Le CA du Collège des sociétés savantes vous encourage donc à appeler au plus vite l’ensemble de vos adhérent·es à participer/co-organiser cette Marche, et à apporter le concours de vos associations à l’organisation de ces marches et à leur succès populaire.Cela peut inclure des rassemblements locaux de sociétés savantes, notamment lorsqu’existent déjà des antennes locales. Mais il faut aussi des organisateurs pour la Marche dans la plupart des villes, et nos/vos adhérent·es peuvent jouer un rôle clé.

Enfin, cette marche sera un vrai succès si les participant·es ne se limitent pas au monde académique, mais représentent la plus grande partie possible de la société française. 

Pour cela des messages des membres associés du collège, à l’interface avec la société civile, dans leurs réseaux non scientifiques  sera particulièrement déterminant.  

Une Marche ne suffira bien sûr pas dans le contexte actuel fortement dégradé. Mais elle peut initier une dynamique, qui pourrait pour le Collège prendre la forme par exemple de la création d’antennes locales dans les grandes villes universitaires qui marcheront.

PS: plus de 1000 personnes se sont déjà inscrites pour participer via le site : https://standupforscience.fr/rejoindre-le-mouvement/

 

Message des initiateurs du mouvement  https://standupforscience.fr/

Les sciences reposent sur un engagement collectif à faire de la recherche de la vérité un horizon commun. Leurs diverses disciplines, théories et méthodes concourent à éclairer la société, à surmonter les crises mais aussi à former les citoyennes et les citoyens à l’exercice de la démocratie comme pluralisme de rationalités en débat, par la transmission des savoirs et l’instruction des dissensus. L’une des conditions nécessaires pour la production et la transmission de la connaissance scientifique est la liberté et l’autonomie vis-à-vis de tout pouvoir.

Or, l’Université et la recherche font aujourd’hui l’objet d’attaques d’une ampleur inédite depuis la Seconde Guerre mondiale. L’offensive est particulièrement alarmante aux États-Unis, où les institutions de recherche, les agences de régulation, les droits civiques et les fondements mêmes de la démocratie sont mis à mal par l’administration Trump et le « Département de l’efficacité gouvernementale » (DOGE) de M. Musk. La solidarité internationale s’avère d’autant plus indispensable que de semblables menaces pèsent sur l’Europe.

En écho à la journée Stand-up for science initiée aux États-Unis, nous appelons à des actions de mobilisation (marches, rassemblements, colloques, présentations expérimentales, etc.)  le 7 mars, dans chaque ville universitaire de France. L’objectif est clair : défendre les sciences et les humanités, la liberté académique et l’Université comme piliers d’une société démocratique.

Dans l’état actuel de l’organisation, tout est à faire pour que le 7 mars, aient lieu des marches, des rassemblements, des colloques, des présentations expérimentales, etc. Toutes les bonnes volontés sont les bienvenues, pour contribuer à la coordination nationale de l’évènement et à sa communication, la création de visuels,  la distribution de flyers dans les universités, la mise en relation avec les collègues du secondaire et du primaire, etc. Pour rejoindre le mouvement, merci de vous inscrire ici :

https://standupforscience.fr/rejoindre-le-mouvement/

Les renseignements sur Stand up for science aux Etats-Unis figurent sur le site suivant:

https://standupforscience2025.org/

Vous pouvez aussi suivre le mouvement sur BlueSky: https://bsky.app/profile/standupforscifr.bsky.social

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Par ailleurs, chacun.e se sentira libre de signer une pétition de soutien à nos collègues américains, accessible via ce lien

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Voir aussi la tribune publiée dans le journal Le Monde le 04 mars , signée par de nombreuses personnalités scientifiques, dont :

Olivier Berné, astrophysicien
Patrick Lemaire, biologiste
Emmanuelle Perez-Tisserant, historienne

Serge Abiteboul, informaticien
Patrick Boucheron, historien, Collège de France
Mireille Bousquet-Mélou, informaticienne/mathématicienne, CNRS
Françoise Combes, astrophysicienne
Christophe Cassou, climatologue
Marie-Paule Cani, informaticienne
Anne Cheng, sinologue, Collège de France
Wolfgang Cramer, écologue, géographe, CNRS
Dominique Costagliola, épidémiologiste
Philippe Descola, anthropologue, professeur émérite du Collège de France
Hugo Duminil-Copin, mathématicien
Odile Eisenstein, chimiste
Olivier Faugeras, informaticien/mathématicien
Alain Fischer, professeur émérite au Collège de France
Patrick Flandrin, physicien/informaticien
Étienne Ghys, mathématicien
Sophie Godin-Beekmann, climatologue
Claude Jaupart, géophysicien
Anne L’Huillier, physicienne
Antoine Lilti, historien, Collège de France
Valérie Masson-Delmotte, climatologue
Claire Mathieu, informaticienne
Cécile Morrisson, historienne
Thomas Piketty, économiste, EHESS
Vinciane Pirenne-Delforge, historienne, Collège de France
Antoine Triller, biologiste
Jocelyne Troccaz, informaticienne/roboticienne
Cédric Villani, mathématicien
Philippe Walter, chimiste
Francis-André Wollman, biologiste
Michaël Zemmour, économiste

Prix de l’Association des amis d’Agrippa d’Aubigné

L’Association des Amis d’Agrippa d’Aubigné (http://www.agrippadaubigne.org) décerne chaque année un prix doté de 4000 euros (ou deux prix de 2000 euros chacun), pour récompenser un ou plusieurs ouvrages (publiés ou encore inédits s’il s’agit de mémoires de thèse) portant soit directement sur A. d’Aubigné, soit plus largement sur la période traversée ou les grandes questions abordées par l’écrivain saintongeais, et cela sans exclusive de discipline (histoire, lettres, philosophie, etc.) ou de genre (essai, prose narrative, théâtre, poésie, bande-dessinée, etc.). Il peut s’agir d’ouvrages rédigés en français, traduits ou bien même rédigés dans une autre langue. Les supports audio/vidéo (podcast, documentaire, etc.) sont aussi éligibles. Les auteurs dont le travail répondrait à ces critères (publié, diffusé ou soutenu, s’il s’agit d’un mémoire de thèse, en 2024) peuvent candidater directement en l’envoyant (en format PDF pour les imprimés) avant le 30 juin 2025 au président de l’Association des Amis d’Agrippa d’Aubigné (julien.goeury@sorbonne-universite.fr). Le jury se réserve la possibilité de récompenser un ouvrage n’ayant pas concouru de cette façon, ou bien même de couronner une carrière, voire l’ensemble d’une œuvre.

Le jury est composé en 2025 de six membres du C.A. dont la liste suit :
– Jean-Raymond Fanlo
– Julien Goeury
– Amy Graves
– Cécile Huchard
– Alain Merle d’Aubigné
– Erick Surget

Association des Amis d’Agrippa d’Aubigné Prize

Each year, the Association des Amis d’Agrippa d’Aubigné (http://www.agrippadaubigne.org)  awards a prize of 4,000 euros (or two prizes of 2,000 euros each), in recognition of one or more works (published or unpublished in the case of dissertations) dealing either directly with A. d’Aubigné, or more broadly on the period in which he lived, or the major issues addressed by the Saintongean writer, regardless of discipline (history, literature, philosophy, etc.) or genre (essay, narrative prose, drama, poetry, comic strip, etc.). Works may be written in French, translated or even written in another language. Audio/video media (podcasts, documentaries, etc.) are also eligible. Authors whose work meets these criteria (published, distributed or defended, in the case of a thesis, in 2024) can apply directly by sending it (in PDF format for printed matter) before June 30 2025 to the president of the Association des Amis d’Agrippa d’Aubigné (julien.goeury@sorbonne-universite.fr). The jury reserves the right to award a prize to a work that did not compete in this way, or even to recognize a career or an entire body of work.

Hommage à Jean Guillaume (1932-2024)

In memoriam

Jean Guillaume

(1932-2024)

 

Jean Guillaume s’est éteint le 15 novembre dernier dans le village de Quinçay, près de Poitiers, où il habitait depuis plus de soixante ans. Il venait de fêter son quatre-vingt-douzième anniversaire. L’architecture de la Renaissance perd l’un de ses plus grands historiens, l’université française un professeur d’exception.

Né à Bressuire en 1932, il opte très tôt, après une agrégation d’histoire (1955), pour l’enseignement de l’histoire de l’art. Après dix ans à l’université de Poitiers, il est nommé maître-assistant (1970) puis professeur d’histoire de l’art au Centre d’études supérieures de la Renaissance (université de Tours).

Et c’est à Tours, en 1973, qu’il fonde avec André Chastel les colloques d’histoire de l’architecture du CESR qui, sans interruption jusqu’en 2000, devaient réunir sur un thème donné enseignants chevronnés et jeunes chercheurs talentueux venus de l’Europe entière. Publiés à partir de 1983 aux éditions Picard dans la collection De Architectura, les actes de ces colloques fondateurs ont introduit dans la discipline une nouveauté d’approche et une dimension résolument européenne, que Jean Guillaume devait développer encore en raison de sa nomination en 1982 au Conseil scientifique du Centro internazionale di studi di architettura Andrea Palladio (CISA, Vicence), et grâce à l’organisation de nombreux voyages d’étude consacrés à l’architecture de la Renaissance aux quatre coins du vieux continent, en liaison avec des collègues universitaires de tous pays.

Titulaire à partir de 1990 de la chaire d’histoire de l’art de la Renaissance à l’université de Paris-Sorbonne, secrétaire général du Comité français d’histoire de l’art (1980-1995), il occupa aussi la fonction de directeur de la Revue de l’art de 1991 à 1993, avant d’atteindre la retraite et d’accéder au titre de professeur émérite (2000) qu’il méritait dans tous les sens du terme.

 

L’historien de l’architecture de la Renaissance

À la suite d’André Chastel et avec les historiens de l’architecture italienne qu’il admirait (Renato Cevese, Arnaldo Bruschi, Christof Thoenes, Manfredo Tafuri, Christoph Frommel, Howard Burns… ), Jean Guillaume a été l’un des grands acteurs d’une nouvelle manière de concevoir l’histoire de l’architecture à un moment unique où la discipline s’est enrichie d’une multitude d’approches diverses. Au-delà de l’érudition, il fondait avant tout sa méthode sur une analyse visuelle très précise des œuvres, et sur l’importance essentielle qu’il accordait à ce qu’il appelait « le détail ». Ses travaux personnels, qu’il est impossible de résumer en quelques lignes, se sont principalement concentrés sur l’architecture de la Renaissance française, ou en rapport direct avec la France : thèse d’État sur l’architecture du Poitou (1981), monographies de châteaux du Val de Loire et d’ailleurs (notamment Oiron, 2000, et Bonnivet, 2006), ordres et ornements, éléments d’architecture, jardins. On lui doit également, parmi bien d’autres, deux grandes études d’architectes : « Léonard et l’architecture » dans Léonard de Vinci ingénieur et architecte (Montréal, 1987), et Jacques Androuet du Cerceau « un des plus grands architectes qui se soient jamais trouvés en France » (avec Peter Fuhring, Paris, 2010). Quelques semaines avant sa mort, il mettait la touche finale à son analyse de l’édifice phare de la Renaissance française : le Louvre de Pierre Lescot.

Néanmoins, la curiosité de Jean Guillaume ne se limitait nullement au contexte français. Dans une vision plus globale, il s’est attaché dans de nombreux écrits à qualifier la singularité en Europe de la « manière française » et les grandes phases de son développement. Car si sa connaissance de l’Italie était très profonde, sa conception de l’architecture de la Renaissance ne se bornait pas à des rapports franco-italiens, bien au contraire. L’un des premiers, il avait compris la complexité des échanges réciproques d’idées et d’images qui font la richesse de la diffusion de la Renaissance à travers l’Europe.

 

Le professeur

On ne saurait évoquer Jean Guillaume sans parler du professeur. La multitude des témoignages envoyés au lendemain de son décès par d’anciens étudiants souhaitant exprimer leur reconnaissance à celui qui a été à l’origine de leur vocation, parfois à la suite d’un simple cours de licence, le prouve assez. Jean Guillaume aimait partager sa passion pour la beauté, et son talent pour « apprendre à voir » était sans égal. Tous ses élèves s’en souviennent avec émotion, comme ils se souviennent aussi de sa générosité à sécuriser leurs premiers pas sur le chemin de la recherche, et à prolonger inlassablement le dialogue dans les étapes suivantes de leur carrière.

Aussi tous se joignent à moi pour exprimer à son épouse, Germaine, à ses enfants et petits-enfants, notre immense gratitude envers celui qui nous a tant donné.

Monique Chatenet

Centre André Chastel, CNRS, Paris

On trouvera une bibliographie complète des travaux de Jean Guillaume sur le site du Centre André Chastel.

AG de la SFDES (25/01/2025)

Nous vous attendons nombreuses et nombreux à l’Assemblée Générale de la SFDES qui aura lieu :

samedi 25 janvier
à l’Université Paris-Dauphine, salle Raymond Aron
(adresse : Place du maréchal De Lattre de Tassigny Paris 16e)

Nous vous serions reconnaissants de vous inscrire avant le mardi 21 janvier via ce lien :
https://doodle.com/sign-up-sheet/participate/68037eaa-619a-430c-a99b-4e500d62ece2/select
Une inscription tardive (voire nulle) ne vous interdit pas de venir, bien sûr.

Il sera possible de suivre l’AG à distance :
Heure: 25 janvier 2025 15:30
ID de réunion: 955 9923 6680
https://zoom.us/j/95599236680?pwd=resq7buAbuwGRJSAaFa9qCI9YM0ERp.1

Si vous ne pouvez pas participer d’une manière ou d’une autre, nous vous encourageons à nous transmettre vos pouvoirs au plus vite (voir convocation : vous pouvez le faire en écrivant à Adeline Desbois-Ientile : adeline.desbois@sorbonne-universite.fr).

Un grand merci d’avance pour votre collaboration !

Enfin, pour vous entraîner à cette AG comme à un semi-marathon, quelle meilleure préparation mentale que la lecture de notre Bulletin annuel, concocté par Audrey Duru ? Il ne demande qu’à être téléchargé et vous attend juste ici : https://extra.u-picardie.fr/nextcloud/index.php/s/YgrCGik9wdjLbWX

Adèle Payen de La Garanderie
(Secrétaire adjointe de la SFDES)

Paroles d’élèves – Hommage à Marie Madeleine Fontaine (1940-2024)

Paroles d’élèves

Marie Madeleine Fontaine s’émerveillait de sentir, goûter, rire, jouer, aimer, et du plaisir démultiplié que suscite l’acte d’en parler, d’en écrire et de s’en ressouvenir. Comme le dit l’Ovide des Héroïdes : namque est meminisse uoluptas. Puisse ce modeste témoignage rendre hommage à ce qu’elle fut et continue d’être pour nous, ses anciennes élèves.

Marie Madeleine Fontaine avait un motif de fierté qu’elle a exprimé à l’occasion. Elle était heureuse d’avoir attiré des étudiantes dont les personnalités, selon elle, étaient si différentes. Nous étions sans doute plus sensibles à ce que nous partagions qu’à ce qui nous différenciait. Mais il est vrai que les mémoires ou les thèses que nous avons écrits sous sa direction portent sur des corpus variés et proposent des approches différentes, selon les passions propres à chacune : une étude sur le lexique ronsardien, une comparaison entre les traductions d’Ovide et de Virgile à la Renaissance, les écrits philosophiques en langue latine de Bovelles, une enquête sur un Lyonnais encore peu connu, Jean de Vauzelles… Elle se réjouissait de l’harmonie qui régnait entre nous. Nous avons partagé beaucoup de moments scientifiques heureux, depuis la fin des années 1990 jusqu’à la fin des années 2000. Nous nous sommes connues sur les bancs de la Sorbonne ou dans le séminaire de DEA et de doctorat qu’elle animait à l’université de Lille, retrouvées au colloque d’Amiens sur la Langue de l’autre, puis au mythique colloque Rire à la Renaissance, sommet de son activité scientifique et professorale. Comme elle l’écrivait dans sa postface, « Il y fut bien ri », et bien chanté. C’est avec bonheur que notre petit chœur, qui s’était baptisé la « Brigade du rire », reprit du service en 2015 lors de la remise de ses Mélanges, ces Textes au corps, aux sons du « Drôle d’oiseau » d’Anne Sylvestre. Nous avons conscience d’avoir vécu avec elle une expérience privilégiée.

Être l’élève de Marie Madeleine Fontaine était une expérience totale. Elle avait un charisme exceptionnel, qui tenait en haleine son public de la Sorbonne, et attirait chaque année des émules à l’étude de la Renaissance. Elle revendiquait une approche des textes sensible, charnelle et, comme elle le disait elle-même, « pas bégueule ». Elle possédait l’art d’animer le moindre texte, la moindre image, et de les incarner dans une chaîne vivante de savoirs et de réflexions, dialoguant naturellement avec quantité d’auteurs, comme d’égal à égale. Impossible d’oublier la petite salle de Lille 3 où elle nous entraînait au commentaire de texte inconnu, et nous sidérait à chaque séance par sa capacité à restituer, à partir d’un détail ou d’un mot, des poétiques entières, en enrichissant semaine après semaine notre regard sur le monde. Il a fallu changer de salle tant le monde se pressait à ce cours. Elle avait du flair, savait repérer d’un coup d’œil les prédilections de ses élèves – le goût des mots, le tempérament artiste, le goût des petites choses et l’intérêt pour la beauté du monde – tout en embrassant les ferments de nouveauté dans les publications du moment. Elle marquait par ses revirements imprévus (après avoir vanté les minores : « J’ai pensé à Ronsard ») et par ses formules à l’emporte-pièce (« Vous l’avez lu d’une traite ? Mais aucun poète ne résiste à cela ! » ; « Si vous hésitez entre la philosophie, les langues et l’histoire des idées, faites donc de la littérature ! ») – elle tutoyait les majores comme les minores, faisait « nager, voler » Ronsard en chair et en os dans toutes ses Œuvres et entraînait à l’écoute de ses « fidélités de l’oreille » ; son tarande rabelaisien « biscornu » et son Quaresmeprenant galénique et simiesque la montrent aussi à l’aise dans l’autoréférentialité qu’au cœur des débats médicaux ; elle avait une conception extensive de la littérature. Une fois ses troupes constituées, elle les emmenait aussitôt rue de Richelieu, et les guidait d’une main sûre dans la recherche et dans les débuts du métier en de longues discussions autour d’une tasse de thé ; elle y éclairait les situations comme les textes en trois mots, et dénouait bien des difficultés. Elle savait aussi s’intéresser à tout, les écrits et les tableaux de l’une, l’histoire de la famille de l’autre, les enfants de toutes, et parfois tout cela ensemble : il en reste des amitiés artistiques, des peintures inspirées de textes de la Renaissance, et des portraits d’enfants.

Travailler sous la direction de Marie Madeleine Fontaine, c’était découvrir une façon d’aborder la littérature de la Renaissance passionnante, sans limitation ni œillères. Elle invitait à développer une curiosité tous azimuts, qu’elle-même avait pratiquée pendant des années de lectures menées avec une indépendance remarquable. Elle avait ainsi une approche des textes néo-latins originale. Dès son annotation magistrale d’Alector, alors que le De sapiente de Bovelles concentrait les études, elle attirait l’attention sur des textes peu étudiés, qu’elle avait lus en pionnière : le De sensu (1511), qui lui paraissait particulièrement pertinent étant donné la place des sensations dans la littérature française contemporaine, ou le De animae immortalitate (publié en 1551), savoureux petit dialogue entre un druide et un étranger. Immergée dans la culture de « ses » auteurs – Aneau, Belleau et tant d’autres –, elle avait tout feuilleté des classiques grecs et latins, des sommes médiévales comme celle de Vincent de Beauvais, des travaux philologiques et antiquaires humanistes (Politien, Budé, Dolet…) et d’œuvres diverses écrites en latin. Les études néo-latines privilégiaient souvent les corpus poétiques ; elle invitait plutôt à explorer la créativité de la prose, loin de toute perspective normative. Pour comprendre et traduire Bovelles, il s’agissait d’être attentif au rythme de sa prose, à son inventivité lexicale et, surtout, aux réalités concrètes qui intervenaient dans ses analogies. Marie Madeleine Fontaine, sans l’avoir jamais revendiqué, a ainsi apporté une contribution primordiale aux études dites « de réception de l’Antiquité ». On peut penser à son Alector, véritable encyclopédie de l’humanisme et de l’antiquarisme, à sa magnifique édition des Anciennes Pompes funeralles de Lemaire de Belges, victime d’un incendie qui en limita la diffusion, à son vibrant éloge de la prose latine des humanistes suisses dans son article « Une sauvagerie très humaine : les montagnes de Conrad Gesner », et à ses lignes sur Rire à la Renaissance, nourries de la réflexion des Anciens. Enfin, c’est aux études antiquaires qu’elle consacra ses derniers travaux, dédiés à l’apport de Vallériole. Elle en parlait avec passion, se réjouissant de découvertes qui apporteraient un éclairage neuf sur des inscriptions et monuments conservés au musée de l’Arles antique. Ces travaux, inachevés, sont à l’image de son tempérament de chercheuse : en quête d’une perfection jamais atteinte, aussi attachante qu’inspirante.

Travailler sur les traductions des textes antiques à la Renaissance sous sa direction fut une expérience unique. Il ne s’agissait pas d’effectuer quelques sondages aléatoires mais de comparer pied à pied vers latins et vers français d’une part, mais aussi vers français d’Octovien de Saint-Gelais, Marot, Aneau, Hélisenne de Crenne, Charles Fontaine, Du Bellay et tant d’autres, entre eux. Ce travail élémentaire minutieux, apparemment fastidieux, était le seul chemin d’accès aux plus belles découvertes. Et c’était exactement de cette façon que cherchait Marie Madeleine Fontaine : en partant toujours du texte, de ses détails, du moindre de ses mots, mais de manière toujours très ambitieuse. Pédagogue exceptionnelle, elle nous apprenait à manier des centaines de relevés comparatifs, et nous guidait dans les Réserves de multiples bibliothèques pour nous familiariser avec des gestes inconnus : se plonger dans les dictionnaires utilisés par les traducteurs, recopier un manuscrit, visualiser ou commander un microfilm, comparer des illustrations. Ces démarches et ces visites, si nouvelles et inédites pour un début de recherche, abolissaient progressivement la distance avec les auteurs, nous les rendaient soudain proches, là où nos études précédentes avaient plutôt eu tendance à les voiler derrière les critiques modernes. Ensuite, il s’agissait de tirer les ficelles, d’enquêter à partir de la moindre trouvaille. Travail passionnant qui lui faisait dire qu’elle finirait bien par écrire des romans policiers… Ces années furent parsemées de rendez-vous très réguliers dans son bureau à Lille ou autour de sa petite table de cuisine à Paris, durant lesquels elle discutait des pages qu’elle avait lues et annotées inlassablement, et qui furent et restent le supplément si généreux qu’elle offrait de tout son cœur et de toute son intelligence à chacun et chacune de ses élèves.

Combien d’auteurs écartés du canon littéraire, de textes, de mondes Marie Madeleine Fontaine n’a-t-elle pas découverts et fait découvrir à la communauté scientifique, et en premier lieu à ses élèves, auxquelles elle a confié le trésor inestimable de champs de recherche encore quasiment vierges ! C’était une chance extraordinaire, assortie d’une responsabilité immense : aucun compromis possible avec quelque facilité que ce fût, ni intellectuelle, ni méthodologique, aucun répit non plus dans le travail, soutenu à tous les sens du terme : Marie Madeleine Fontaine était d’une fidélité à toute épreuve et elle s’est battue jusqu’au bout pour ses élèves, confiante et déterminée. (Re)découvrir avec elle les mondes de Rabelais et des « grands » auteurs, des poètes en particulier : expérience décapante. (Re)découvrir l’histoire littéraire par le biais des minores, de ces personnages restés à la marge du canon de l’enseignement et même de la recherche, s’émerveiller de trouvailles qui soudain pondèrent les équilibres de manière nouvelle et redessinent les paysages littéraires – dans les années 1530-1540 à Lyon, Jean de Vauzelles n’était-il pas plus visible que Maurice Scève ? et que dire de Sante Pagnini, de Symphorien Champier, d’Aneau et de tant d’autres Lyonnais restés longtemps sous les radars ? –, mener de véritables enquêtes de détective, à une époque où internet n’existait pas et où l’on avait la délicieuse nécessité de se déplacer dans les bibliothèques les plus grandes comme les plus improbables : expérience scientifique de tout premier ordre, qui faisait aimer la recherche pour ce qu’elle avait de plus imprévisible et de plus enthousiasmant. Lorsque l’on travaille sur le xvie siècle, disait-elle, il suffit de se pencher pour ramasser les trésors qui s’offrent à nous : les soixante-dix-neuf notices qu’elle a rédigées pour le Dictionnaire des littératures sont autant de pépites et d’invitations constantes à explorer l’univers du xvie siècle en prenant au sérieux cette ronde des disciplines qui, avec elle, était évidente, naturelle, féconde. Travailler avec elle, c’était apprendre à aimer profondément la littérature parce qu’elle est inséparable de l’ensemble des savoirs, de la beauté du monde et des formidables élans de la vie. C’était apprendre à voir, à regarder, et plus largement à contempler le réel, celui de la Renaissance tout autant que le nôtre aujourd’hui. Marie Madeleine Fontaine savait écouter et suivre ses intuitions, souvent fortes ; elle était dotée d’une forme d’extralucidité – parfois inconfortable ! – sur les choses et les êtres, dont la fécondité scientifique nous fascinait. Le déploiement de ces intuitions exigeait de sa part une connaissance extrêmement poussée des textes, des documents, des œuvres, des realia du temps, des hommes et des femmes du xvie siècle, qu’elle semblait souvent avoir fréquentés personnellement. Tout, jusque dans le détail de chaque formulation, devait être parfaitement maîtrisé du côté de la recherche pour laisser advenir les espaces de liberté, d’inventivité, d’improvisation caractéristiques de ce xvie siècle qu’elle a tant aimé. Elle détestait l’étroitesse – de pensée, d’esprit –, mettait en garde contre la tentation de devenir des « perroquets », avait élaboré une méthode d’explication de texte qui obligeait à sortir des ornières de la répétition, de la banalité, du jargon. La densité presque intraduisible de son écriture même dit quelque chose de la densité d’une pensée qui ne se situe pas en dehors de l’existence la plus complexe, mais aussi la plus lumineuse. Que de domaines revisités avec elle, autour de l’enfant, du rire, des exercices physiques, de la fiction, des arts…, dans l’écho de ces lieux savants qu’elle aimait tant : Écouen, le séminaire de Guy Beaujouan, celui de Danielle Jacquart, le groupe d’amis historiens d’art avec lesquels elle partait tous les ans fin août…

Marie Madeleine Fontaine était une vraie savante et une vraie pédagogue, qui nous a initiées aussi bien à la recherche qu’au monde universitaire et à l’histoire de ce monde, du point de vue qui était le sien : celui d’une femme de la génération 1940 qui a fait l’expérience très tôt des formidables richesses de l’université, mais aussi de la réalité concrète des jeux et enjeux de pouvoir en son sein, et qui nous a transmis, en plus de sa passion pour le xvie siècle et de l’exigence sans cesse renouvelée d’une liberté intérieure à toute épreuve, la lucidité et la combativité si essentielles à l’exercice de nos métiers. Nous lui devons beaucoup.

Elsa Kammerer
Anne-Hélène Klinger-Dollé
Marine Molins
Anne-Pascale Pouey-Mounou[1]

La SFDES remercie les autrices et l’éditeur de l’avoir autorisée à reproduire ce texte en l’honneur de Marie Madeleine Fontaine, publié dans Bibliothèque d’Humanisme et Renaissance, t. LXXXVI, 2024, no 2-3, p. 435-439.


[1] Respectivement, Université Paris 8, Université Toulouse-Jean Jaurès, Lille, Sorbonne Université

François Lecercle – Hommage à Françoise Charpentier (1931-2024)

In memoriam
Françoise Charpentier (1931-2024)

Françoise Charpentier nous a quittés le dimanche 3 novembre. Elle est morte paisiblement dans son sommeil, au terme d’une longue vie bien remplie.

Née dans un petit village du Pas-de-Calais, elle a fait ses études secondaires à Lille, jusqu’à une hypokhâgne et une khâgne au lycée Faidherbe, suivies d’une autre khâgne au lycée La Bruyère à Versailles. Ensuite, un cursus de lettres à la Sorbonne l’a menée jusqu’à l’agrégation des Lettres Classiques, qu’elle a obtenue en 1955. Elle a fait ses premiers pas d’enseignante dans le secondaire, au Mans et à Orsay, avant d’intégrer, comme assistante puis maîtresse-assistante de littérature française, la faculté des Lettres de Lille, au début des années 1960. Une thèse entamée sous la direction d’Albert-Marie Schmidt a été interrompue par la mort accidentelle de celui-ci, en 1966. Par la suite, elle a soutenu successivement deux thèses. En 1972, à Paris III, elle a présenté comme thèse d’université, sous la direction de Jacques Schérer, une édition critique de La Reine d’Ecosse d’Antoine de Montchrestien. En 1976, elle a soutenu, à Paris IV, sous la direction de Verdun L. Saulnier, une thèse d’État sur Les débuts de la tragédie héroïque : Antoine de Montchrestien (1575-1621), qui est la première grande étude d’ensemble sur l’œuvre du dramaturge. Passée de Lille à la Sorbonne, elle a opté, lors de la scission de la faculté des Lettres, au lendemain de 1968, pour Paris 7 et son UFR de Science des Textes et des Documents (STD) – devenus depuis l’université Paris Diderot et l’UFR LAC. Elle y a obtenu un poste de Professeur et ne l’a plus quittée jusqu’à sa retraite, en 1999.

J’ai connu Françoise à trois titres : comme enseignante, comme spécialiste de la Renaissance et comme collègue directe. Je n’ai pas eu la chance de suivre ses cours mais elle a été mon premier contact avec l’université lorsque, sortant de khâgne, je suis venu à STD pour les inscriptions pédagogiques. Une jeune femme très brune, installée à une petite table, m’a invité à m’asseoir et a engagé la conversation, en s’enquérant de mes intérêts et de mes besoins. J’avais déjà fait mes choix d’enseignement et je n’avais pas d’hésitation, mais j’étais tout étonné d’être accueilli avec tant de bienveillance et de gentillesse, au lieu d’être considéré comme un numéro à inscrire au bas d’une liste. J’ai été tenté de lui demander ce qu’elle enseignait pour m’inscrire à l’un de ses cours, mais je n’ai pas osé. Des autres inscriptions pédagogiques que j’ai pu faire, je n’ai aucun souvenir : celle-ci a éclipsé toutes les autres. J’ai attendu plus de vingt ans avant de lui dire qu’elle avait été mon premier contact avec l’université et cela l’avait beaucoup amusée.

Quelques années après cette rencontre, c’est la spécialiste de la Renaissance que j’ai côtoyée. J’enseignais à Lyon et je l’ai revue à l’occasion des réunions de l’Association d’études sur la Renaissance, l’Humanisme et la Réforme, qui regroupait les universités de la moitié sud de la France mais qui était accueillante à celles du nord. Les collègues venaient y chercher ce qu’on ne trouvait pas encore, passé la Loire. Françoise n’était pas la seule à venir de Paris mais elle était la plus assidue, car c’est là qu’elle trouvait, avant la création de la SFDES, une atmosphère collégiale et amicale, une volonté de sortir de l’isolement et de s’ouvrir à l’ébullition critique qui secouait alors les études littéraires. Elle s’est épanouie dans ce cadre, en contribuant à la revue de l’association, RHR (Réforme, Humanisme, Renaissance), et en prenant en charge l’organisation de colloques internationaux, comme Le songe à la Renaissance, qu’elle a organisé à Cannes en 1987 et dont elle a publié les actes en 1990. Je l’ai rencontrée dans de nombreux colloques, où sa personnalité chaleureuse et généreuse, sa gaieté et son sens de l’humour faisaient mouche. C’était un plaisir d’écouter ses communications, à cause de l’acuité de ses analyses mais aussi parce qu’elle avait une voix généralement assez grave mais qui, parfois, en fin de phrase, s’envolait vers les hauteurs, maintenant l’auditeur sous le charme.

J’ai encore mieux connu Françoise quand j’ai moi-même rejoint STD, en 1995. Dans les années 70, STD faisait un peu penser à une famille dysfonctionnelle, l’atmosphère y était souvent électrique. Vingt ans plus tard, les tensions s’étaient apaisées et ce nouveau type de sociabilité, moins conflictuel, lui convenait bien mieux. La sympathie naturelle qui la portait vers les autres lui permettait d’avoir avec tout le monde des relations très cordiales, sans arrière-pensée, et avec certains des relations particulièrement chaleureuses. Je lui ai été reconnaissant, dans les premiers temps de mon arrivée, de m’avoir évité quelques impairs, dans un terrain encore miné par les traces de conflits anciens. Ce n’est pas l’un de ses moindres mérites que d’avoir su instaurer, autour d’elle, des rapports de confiance et de complicité qui étaient parfois pimentés par ce qu’il faut de taquinerie.

Au fil des années, Françoise Charpentier a développé une œuvre assez diversifiée, tout en restant centrée sur la Renaissance et l’âge préclassique. Elle s’est d’abord imposée comme spécialiste du théâtre du XVIe et du début du XVIIe siècle. Sa thèse sur Montchrestien n’a été diffusée que par l’Atelier National de Reproduction des Thèses de Lille, mais elle a publié un précieux volume qui a renouvelé la lecture du théâtre tragique de la fin de la Renaissance, Pour une lecture de la tragédie humaniste : Jodelle, Garnier, Montchrestien (1979). Elle a consacré de nombreux articles à des dramaturges, notamment Montchrestien, Jodelle, La Péruse et Jean de La Taille, mais elle s’est aussi intéressée à des questions plus générales, comme dans le bel article sur les scènes d’égarement dans la tragédie humaniste (dans Vérité et illusion dans le théâtre au temps de la Renaissance, 1983). Un intérêt marqué pour la théorie et l’esthétique dramatique l’a amenée à s’occuper particulièrement de Jean de La Taille et de son Art de la tragédie.

Très rapidement, elle a élargi ses domaines d’étude à la poésie de la Renaissance. Elle a abondamment publié sur les poètes lyonnais. Pour la collection « Poésie / Gallimard », elle a édité la Délie de Scève et les poèmes de Louise Labé et de Pernette Du Guillet, en leur consacrant, en outre, une bonne dizaine d’articles. Elle a organisé un colloque international en 1987, Lire Maurice Scève, et a réuni en volume Dix études sur la Délie de Maurice Scève (1987). Elle a également consacré de nombreuses études à Pontus de Tyard et à des poètes non lyonnais, comme Du Bartas, Ronsard, Du Bellay, d’Aubigné ou Olivier de Magny.

Elle ne s’est pas cantonnée au théâtre et à la poésie, Montaigne est sans doute l’auteur auquel elle est le plus souvent revenue, en organisant deux journées d’étude, en 1985 et 1995, dont elle a publié les actes, et en rédigeant plus de vingt articles qui abordent des sujets très divers, de l’analyse d’un essai précis à des questions plus théoriques, comme la figure du lecteur dans les Essais (« Pour qui escrivez-vous ? », 1989). C’est dans ses articles sur Montaigne que son intérêt pour la psychanalyse s’exprime le plus clairement, avec des études sur « Écriture et travail du deuil » (1988), « Pour une lecture psychanalytique des Essais » (1992), ou « Dissonances du féminin dans les Essais » (2000).

Cette inspiration psychanalytique reparaît dans des articles sur L’Heptaméron : « À l’épreuve du miroir : narcissisme, mélancolie et “honneste amour” » (1990) ou « Désir et parole dans les devis de L’Heptameron » (1995). Elle s’est également occupée de Rabelais, en lui consacrant près d’une dizaine d’articles et en organisant deux journées d’étude, en 1988 et 1995.

Ce qui frappe, dans ces travaux, c’est la part accordée au collectif. Elle a organisé un nombre considérable de journées d’étude et de colloques dont elle publiait soigneusement les actes. Elle a organisé, en particulier, des journées d’étude sur l’auteur du XVIe siècle figurant au programme de l’agrégation des lettres. L’opération avait un but pédagogique : il s’agissait de réunir des spécialistes pour faire le point sur un texte à l’usage des collègues assurant les cours et, accessoirement, de quelques candidats. Mais c’était aussi un moyen de faire le point sur les recherches passées tout en en lançant de nouvelles. Ce genre de manifestation a depuis fait école, mais elle a été l’une des toutes premières à en organiser. Ils ont donné lieu à des volumes sur La Taille, Montaigne, Rabelais, Ronsard, d’Aubigné et Du Bartas.

À l’occasion de sa retraite, ses collègues et ses élèves lui ont présenté un volume de mélanges, La poétique des passions à la Renaissance (2001). On y trouvera une bibliographie sélective de ses travaux, compilée par elle-même (p. 9-16).

Ses dernières années ont été assombries par le décès, en 2015, de son mari, le docteur Jean Charpentier (neuropsychiatre), et par une santé déclinante. Mais elles ont été adoucies par l’affection de ses quatre enfants, de ses quatre petits-enfants et de ses trois arrière-petits-enfants. Ceux-ci savent, mieux que quiconque, à quel point cette longue vie a été féconde.

François Lecercle
Sorbonne université


Ouvrages mentionnés

Dix études sur la Délie de Maurice Scève, réunies par Fr. Charpentier, Paris, Collection de l’ENSJF, 1987.

La poétique des passions à la Renaissance : mélanges offerts à Françoise Charpentier, textes réunis par Fr. Lecercle et S. Perrier, Paris, H. Champion, 2001. Rééd. Classiques Garnier Numérique, 2004.

Le songe à la Renaissance, actes du colloque international de Cannes, 29-31 mai 1987, organisé par l’Association d’études sur l’Humanisme, la Réforme et la Renaissance, études réunies et publiées par Fr. Charpentier, Saint-Étienne, Institut d’études de la Renaissance et de l’Âge classique, Université de Saint-Étienne, 1990.

Lire Maurice Scève, actes du colloque international de l’université Paris VII, 23-24 novembre 1987, réunis par Fr. Charpentier et présentés par Fr. Charpentier et S. Perrier, Cahiers Textuel, 34/44, no 3, 1988.

Fr. Charpentier, Les débuts de la tragédie héroïque : Antoine de Montchrestien (1575-1621), thèse d’État, sous la direction de V.L. Saulnier, Paris IV, 1976 ; Lille 3, Atelier National de Reproduction des Thèses.

Fr. Charpentier, Pour une lecture de la tragédie humaniste : Jodelle, Garnier, Montchrestien, Saint-Étienne, Publications de l’Université de Saint-Étienne, 1979.

Fr. Charpentier, « Illusion de l’illusion : les scènes d’égarement dans la tragédie humaniste », dans Vérité et illusion dans le théâtre au temps de la Renaissance, Paris, J. Touzot, 1983, p. 75-87.

Fr. Charpentier, « Écriture et travail du deuil dans les Essais, de 1580 au troisième allongeail », RHLF, « Montaigne 1588-1988 », sept.-oct. 1988, p. 828-838.

Fr. Charpentier, « Pour qui escrivez-vous ? : la figure du lecteur dans le troisième allongeail », dans Le parcours des Essais, Montaigne 1588-1988, colloque international, Duke university, avril 1988, Paris, Les Amateurs de Livres, 1989.

Fr. Charpentier, « À l’épreuve du miroir : narcissisme, mélancolie et “honneste amour” dans la XXIVe nouvelle de L’Heptaméron », L’Esprit créateur, « Écrire au féminin à la Renaissance », hiver 1990, vol. XXX, n° 4, p. 23-37.

Fr. Charpentier, « Pour une lecture psychanalytique des Essais », La pensée et les hommes (Université Libre de Bruxelles), « Montaigne et la révolution philosophique au XVIe siècle », no 20, 1992, p. 9-28.

Fr. Charpentier, « Désir et parole dans les devis de L’Heptameron », dans Les visages et les voix de Marguerite de Navarre, actes du colloque de Duke (10-11 avril 1992), publiés par M. Tetel, Paris, Klincksieck, 1995, p. 41-49.

Fr. Charpentier, « Dissonances du féminin dans les Essais », dans D’une fantastique bigarrure : le texte composite à la Renaissance, études offertes à André Tournon, Paris, H. Champion, 2000, p. 119-134.

L. Labé, Œuvres poétiques. Suivies des Rymes de Pernette du Guillet et d’un choix de Blasons du corps féminin, éd. présentée, établie et annotée par Fr. Charpentier, Paris, Gallimard/Poésie, 1983. Nouvelle éd. revue, 2006.

A. de Montchrestien, La Reine d’Écosse, édition critique par Fr. Charpentier, thèse d’université, sous la dir. de Jacques Schérer, Paris III, 1972, tapuscrit inédit.

M. Scève, Délie, édition présentée, établie et annotée par Fr. Charpentier, Paris, Gallimard/Poésie, 1984.

[AAC] François Perrin, poète, dramaturge, antiquaire

Appel à communication
Journée d’étude “François Perrin, poète, dramaturge, antiquaire”
Université de Bourgogne
Centre Pluridisciplinaire Textes et Cultures (CPTC UR 4178)
19 novembre 2025

Organisation : Domitille Coudert, Richard Crescenzo

Les propositions sont à envoyer avant le 31 janvier 2025 aux organisateurs : richard.crescenzo@u-bourgogne.f / Domitille.Coudert@u-bourgogne.fr