Tous les articles par Myriam Marrache-Gouraud

Journées d’hommage à Jean Céard – ENS Ulm – 13-14 mars 2026

Un colloque rendant hommage à Jean Céard, aux avancées nombreuses permises par ses travaux dans divers domaines de la recherche en littérature de la Renaissance, se tiendra les 13 et 14 mars 2026 à l’ENS de la rue d’Ulm à Paris.

Ce colloque, organisé par Isabelle Pantin et Anne-Pascale Pouey-Mounou, est réparti en huit sessions.

La SFDES, société savante que Jean Céard a contribué à fonder en 1978, et dont il fut le troisième président en 1985, est fière d’apporter son soutien à cet hommage scientifique.

Le programme détaillé figure ci-dessous.

Pour des raisons de sécurité, si vous désirez assister à ces journées, il est nécessaire de vous inscrire au préalable auprès d’Anne-Pascale Pouey-Mounou (ap.pouey@free.fr) et/ou d’Isabelle Pantin (isabelle.pantin@ens.psl.eu).

Appel à contributions – « Écrire et imager la guerre (Moyen Âge – XVIe siècle) »

Appel à contribution de la Revue en ligne Utpictura – Rubriques

Numéro coordonné par Lionel Piettre, Aix Marseille Université (CIELAM) et Clara de Raigniac, Université de Lille (ALITHILA)

Comité scientifique

  • Benjamin Deruelle, Professeur d’histoire moderne, Université du Québec à Montréal.
  • Claude La Charité, Professeur de littérature, Université du Québec à Rimouski.
  • Pauline Lafille, MCF en histoire de l’art moderne et contemporain, Université de Limoges.
  • Michelle Szkilnik Professeur émérite de littérature du Moyen Âge, Université Sorbonne Nouvelle.
  • Laurent Vissière, Professeur des Universités en histoire médiévale, Université d’Angers.

Calendrier et consignes

Les propositions d’articles (250-300 mots) peuvent être soumises jusqu’au 1er avril 2026 à lionel.piettre@univ-amu.fr etclara.de-raigniac@univ-lille.fr, accompagnées d’une courte notice-bio-bibliographique. Le comité donnera sa réponse début mai 2026.

Les articles dont les propositions seront retenues seront à rendre pour le 1er octobre 2026 et ne devront pas dépasser 40 000 signes. Les consignes (à lire avant de commencer à rédiger) sont précisées sur le site de la revue : https://utpictura18.univ-amu.fr/consignes-mise-en-page-articles

Présentation du numéro

Comme d’autres sujets, la guerre fait désormais l’objet de studies, lesquelles se caractérisent par leur approche interdisciplinaire d’un thème. Alors que les strategic studies, développées aux États-Unis après 1945, considéraient la guerre comme « un outil militaire au service du politique », les war studies la voient comme « un fait social qui touche à l’ensemble des domaines de l’action humaine » (Holeindre et Taillat, 2015). Les recherches se tournent alors peu à peu vers l’expérience des soldats, s’intéressent à tous les acteurs et actrices, se diversifient en prenant en compte les impacts psychologiques de la guerre et sa mémoire (voir Evans, 2007). C’est parmi ces nouvelles perspectives que la question des représentations de la guerre trouve sa place.

Comme souvent dans l’histoire des représentations, celle de la guerre a fait l’objet de subdivisions séculaires et disciplinaires. Bien qu’on leur connaisse des influences et des héros communs, les guerres médiévales, en particulier, sont rarement mises en relation avec les conflits armés du XVIsiècle, lesquels sont davantage reliés à ceux de la période moderne et contemporaine – on pense par exemple à la figure du chevalier Bayard (Deruelle et Vissière, 2021) ou à Gaston de Foix (Barreto, 2015). De même, les textes de guerre des littéraires et historiens ne sont que ponctuellement envisagés avec les images des historiens de l’art. Ces deux corpus, écrits et visuels, partagent pourtant des supports, et s’inscrivent dans un même imaginaire qui pousse à les appréhender ensemble, dans une histoire culturelle commune. S’ils sont désormais légion, les travaux traitant des rapports entre textes et images ne portent pas spécifiquement sur la guerre. (On peut malgré tout noter l’existence du groupe de recherche Guerres Espaces Représentations lié à l’Université Bordeaux Montaigne, dont les membres traitent de représentations textuelles et visuelles de la guerre à différentes époques ; sur l’histoire culturelle, voir Burke, 2022.)

L’objectif de ce numéro de Rubriques est alors double : il s’agit de penser l’interaction entre les textes et images de guerre, en s’inscrivant sur un temps long en amont de la Renaissance, du Moyen Âge au XVIsiècle.

Une présentation plus détaillée des axes suggérés, assortie d’une bibliographie, est à lire dans le fichier pdf ci-dessous.

Parution – Michel d’Amboise

Parution du tome V des  Œuvres complètes, de Michel d’Amboise, sous la dir. de S. Provini : Tome V – 1544-1547, Paris, Honoré Champion, 2026, 648 p.

qui comprend :

  • Quatre Satyres de Juvenal, éd. Sylvie Laigneau-Fontaine 
  • Le Ris de Democrite et le Pleur de Heraclite, éd. Alice Vintenon

Voir la présentation sur le site de l’éditeur : https://www.honorechampion.com/fr/editions-honore-champion/13408-book-08536417-9782745364173.html

CFP Colloque “Rhétoriqueurs à la rencontre de l’Italie” – Turin 21-23 jan. 2027

Ellen Delvallée, Paola Cifarelli et Anne Schoysman organisent un colloque consacré aux “Rhétoriqueurs à la rencontre de l’Italie”, prévu à Turin du 21 au 23 janvier 2027.

Au-delà de la représentation d’une culture italienne fantasmée (valorisée dans le positionnement d’un Robertet face à Chastelain ou questionnée dans la Concorde des deux langages de Lemaire), il s’agit de mettre au jour les contacts réels des Rhétoriqueurs avec la culture italienne, en vernaculaire ou en latin. Pétrarque ou Boccace semblent être convoqués par pratiquement tous les Rhétoriqueurs, de George Chastelain à Jean Bouchet, mais quel était leur accès réel aux textes des grands auteurs italiens et à ceux de leurs pairs et disciples en Italie ?

Quels contextes, quelles figures italiennes ou italianophiles ont favorisé leur rencontre avec les écrits d’Italie, y compris les textes en latins des écrivains et historiens humanistes ? D’une certaine façon, le présent colloque entend reprendre le projet initial de Pierre Jodogne à propos de Lemaire, en l’étendant à l’ensemble des Rhétoriqueurs, tout en demeurant sensible à des particularités selon les auteurs, les générations ou les milieux d’origine (ville ou cour, de France, de Bourgogne ou d’autres régions). En prenant acte des conclusions de Pierre Jodogne selon lesquelles cette recherche ne saurait caractériser pleinement et à elle seule l’esthétique d’un ou des Rhétoriqueurs, il s’agit néanmoins de poser les fondements historiques et matériels d’une telle étude, qui apparaît comme inédite et nécessaire.

Les propositions de communication, comprenant un titre et un résumé d’environ 200 mots, sont à envoyer à Ellen Delvallée (ellen.delvallee@univ-grenoble-alpes.fr) d’ici le 31 mai 2026.

Parution – Anthologie des rhétoriqueurs

Vient de paraître aux éditions Classiques Garnier :

Anthologie des Rhétoriqueurs,

sous la direction d’ Ellen Delvallée et Estelle Doudet : édition scientifique de François Cornilliat, Nathalie Dauvois, Adeline Desbois-Ientile, Philippe Frieden et Sandra Provini, Paris, Classiques Garnier [Recherches littéraires médiévales, n° 46], 2026, 644 p.

 

Entre 1450 et 1530, les Rhétoriqueurs ont formé un vaste réseau de poètes-orateurs en français. Souvent au service des princes, leurs poésies, spectacles, chroniques en prose et vers ont visé à résoudre les crises du présent. 76 extraits d’une trentaine d’auteurs invitent à les redécouvrir.

Accès à la table des matières

Pour lire l’introduction

L’ensemble de l’ouvrage est en libre accès depuis le site de l’éditeur

colloque annuel Saulnier Humanistes européennes -1-2 avril 2026, Sorbonne U.

1er et 2 avril 2026, Sorbonne Université

Le colloque annuel du centre V.-L. Saulnier sera cette année consacré aux Humanistes européennes.

Organisé par Michèle Clément, Paul-Victor Desarbres et Adeline Lionetto, ce colloque se propose d’interroger l’histoire sociale (conditions d’accès au savoir, famille littéraire, matrimoine…) d’un point de vue genré afin de questionner le « grand récit » de l’humanisme européen, et ainsi renouveler la définition des pratiques humanistes.

Voir programme ci-dessous

Prix Amis d’Agrippa d’Aubigné

L’Association des Amis d’Agrippa d’Aubigné lance un appel à candidatures pour son prix annuel d’une valeur de 2000 euros.

Ce prix récompensera un ou plusieurs ouvrages (publiés ou encore inédits s’il s’agit de thèses) portant soit directement sur A. d’Aubigné (1550-1630), soit plus largement sur la période traversée ou les grandes questions abordées par l’écrivain saintongeais, et cela sans exclusive de discipline (histoire, lettres, philosophie, etc.) ou de genre (essai, prose narrative, théâtre, poésie, bande-dessinée, etc.). Il peut s’agir d’ouvrages rédigés en français, traduits ou bien même rédigés dans une autre langue. Les supports audio/vidéo (podcast, documentaire, etc.) sont aussi éligibles.

Les propositions sont à envoyer avant le 30 juin 2026 au président de l’Association des Amis d’Agrippa d’Aubigné (julien.goeury@sorbonne-universite.fr).

Séminaire Appropriations textuelles – U. Grenoble

 
L’objet de ce séminaire est d’observer les pratiques de l’appropriation des textes par les auteurs et autrices de la première modernité, avec en ligne de mire la question suivante : comment fait-on « sien » un texte au temps de l’imitatio ? À travers des approches littéraires, rhétoriques ou stylistiques, grâce à des cas pratiques et à des réflexions d’ensemble, les contributions permettront de dessiner un panorama des usages et des enjeux qui entourent l’imitation comme la traduction.
 

Les cinq séances du séminaire auront lieu à 14h les vendredis :

-27 février

-20 mars

-10 avril

-5 juin

-19 juin

Voir programme détaillé ci-dessous

Les informations, de connexion notamment, peuvent être demandées à Emma Fayard (emma.fayard@univ-grenoble-alpes.fr : les liens de visioconférence seront communiqués en amont de chaque séance du séminaire)

Suite des suites d’Homère – Séminaire “Réceptions de l’Antiquité”, Nantes 9 fev. 2026

Le Séminaire “Réceptions de l’Antiquité” annonce sa 6e séance, à l’Université de Nantes, le lundi 9 février (10h30-12h30).

La séance se déroulera en hybride : les intervenants seront en distanciels mais nous serons présentes à l’Université avec les étudiants dans la salle C248 du bâtiment Censive.

Nous écouterons une présentation à deux voix, par Diane Cuny (U. de Tours, CESR – UMR 7323) et Arnaud Perrot (U. de Tours, CESR – UMR 7323, IUF), autour de leur ouvrage paru l’an dernier sur Les Suites d’Homère de l’Antiquité à la Renaissance. Leur présentation s’intitulera donc :
« Suites des Suites d’Homère »

Lien zoom (actif pour toutes les séances de l’année) : https://univ-nantes-fr.zoom.us/j/89541352336
Le programme de l’année est accessible ici : https://classnantes.hypotheses.org/12474

Séminaire Poétique et métrique (XIIe-XVIIIe s.) – Nanterre U, 6 février. 2026

Dans le cadre du séminaire “Poétique et métrique (XIIè-XVIIIè s.)” organisé par Isabelle Fabre et Guillaume Peureux à l’université de Nanterre, le vendredi 6 février de 9h30 à 12h, nous aurons le plaisir d’entendre :

– Trung Tran (Université de Toulouse – Jean Jaurès) : « En ‘syllabes croissantes et unisonnantes’ : Barthélemy Aneau, métricien »

– Romain Benini (Sorbonne Université) : « La métaposition et quelques-unes de ses variations, du xvie au xixe siècle »

La séance aura lieu à Nanterre, en salle des conseils du bâtiment Ricoeur (4e étage) et à distance (en vous connectant grâce au lien suivant :  https://meet.google.com/ouz-rqsy-iwi).

Journée d’étude “Poètes et musiciens” – Nanterre 5 fév. 2026

 
 

Aurélien Billault et Jean-Baptiste Quantin coorganisent une journée d’étude intitulée

Poètes et musiciens : liens, échanges, collaborations dans les anthologies poétiques et les chansonniers, XVe-XVIe siècles”.

À la fin du Moyen Age, l’union entre la poésie et la musique, défendue par Paul Zumthor, ne semble plus aller de soi. Qu’on soit partisan d’un divorce définitif ou bien de la persistance d’une continuité entre les deux arts, un tournant esthétique est indéniablement à l’œuvre. Machaut, « prince des poètes » et représentant majeur de l’école musicale de l’Ars Nova, éclaire les siècles suivants d’une aura lointaine, comme le symbole d’un paradis poético-musical perdu. Pourtant, quand bien même un geste poético- musical unique ne serait plus opérant, le rapport entre les deux arts doit encore être interrogé au XVe et au XVIe siècle. Et la question est encore loin d’être tranchée, en atteste le récent volume d’Edwin Duval, Concordes et discordes des muses : poésie, musique et renaissance des genres lyriques en France, (1350-1650), lequel s’attache à retracer deux siècles de poésie, chansons et poèmes mis en musique. Le chercheur défend la théorie d’une « délyrisation » : la poésie s’affranchit des formes et des cadres de la poésie lyrique chantée. Pourtant, la création de l’Académie de musique et de poésie en 1570 par Jean-Antoine de Baïf et par le musicien Joachim Thibault de Courville témoigne d’une volonté de réunir les deux arts à travers leur institutionnalisation ; c’est pourquoi l’étude centrée sur les XVe et XVIe siècles nous permettra de mieux appréhender les ruptures et les changements de paradigmes caractéristiques de ces deux périodes.

Lieu : Université Paris-Nanterre le 5 février de 9h15 à 16h30 (bâtiment Max Weber, salle de séminaire 1).

Voir programme ci-dessous

La Boétie – Conférence de Nicolas Le Cadet

Dans le cadre du programme limitatif des classes de 1ère pour les épreuves anticipées de français au baccalauréat, l’académie de Paris propose chaque année une série de conférences filmées et accessibles ensuite en ligne sur les trois nouvelles oeuvres entrant au programme.

La conférence de Nicolas Le Cadet s’intitule

“Le tyran, les tyranneaux, le peuple et les bien nés : défendre la liberté dans le Discours de la servitude volontaire d’Étienne de La Boétie”  (“La littérature d’idées”, 2025-2028)

Elle est disponible sur le site de l’académie : partie 1 et partie 2

Appel à communications. Journée d’étude Couleurs du visage

 

« Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ». Les couleurs fugaces du visage dans la littérature française du XVIe au XVIIIe siècle.

Journée d’étude organisée par Nathalie Godnair (CESR de Tours), Adeline Lionetto (Sorbonne Université) et Élodie Ripoll (Université de Trèves / Universität Trier)

 

Comité scientifique : Jean-Christophe Abramovici (Sorbonne Université), Damien Fortin (Sorbonne Université), Jérôme Laubner (Université Paul Valéry de Montpellier), Nina Mueggler (Université de Neuchâtel – Suisse) ainsi que les trois organisatrices.

 

 

De nombreux colloques ont été consacrés, ces dernières années, au visage humain[1]. Dans des sociétés occidentales où le numérique est de plus en plus utilisé pour modéliser et transformer les visages qui circulent sur les réseaux sociaux ou dans l’espace public, mais aussi à l’ère de la reconnaissance faciale, le visage se charge en effet d’un paradoxe : caché derrière des filtres qui lui appliquent des normes qui gomment ses spécificités, il demeure pourtant le siège irréductible de l’individualité. Ces filtres uniformisent ses couleurs, font disparaître les creux et les ombres pour faire de ce qui nous distingue toutes et tous un véritable masque numérique sur lequel nulle tache ou anomalie colorée ne se laisse distinguer. La variation rapide des couleurs du visage traduit pourtant très souvent le vécu émotionnel d’un individu : les filtres actuels qui s’appliquent aux photographies mais aussi aux vidéos suppriment la possibilité de voir s’exprimer sur nos visages quelque émotion que ce soit. Bien en amont de ces phénomènes contemporains, c’est à la représentation littéraire de ce lien entre émotions et couleurs du visage que nous aimerions nous intéresser.

Dans les études littéraires, et plus précisément dans les travaux portant sur les couleurs, le visage ne tient en effet qu’une place réduite. Les « changements de couleur[2] », comme les a nommés Descartes, sont pourtant fréquents en littérature. L’une des citations les plus connues de Phèdre montre ainsi le personnage éponyme soumis à un choc si violent que son corps passe d’un extrême à l’autre, sa peau trahissant ses secrets, tandis qu’au siècle suivant, la rougeur constitue l’un des « topoï du roman au XVIIIe siècle[3] ». Or, si le rougissement a été déjà abordé par la critique, le palissement comme les changements de couleurs successifs n’ont que très rarement été étudiés[4]. Pourtant, les implications de ces réactions physiologiques sont nombreuses et vont de l’histoire des émotions et du genre[5] à l’épistémologie visuelle[6].

Nous avons choisi de limiter notre corpus aux textes français du XVIe siècle au XVIIIe siècle. En effet, par contraste avec les visages stéréotypés du Moyen Âge, l’historien de l’art André Chastel évoque une « Renaissance pleine de visages », grande époque, selon toute une tradition historiographique, de l’affirmation de l’individu et de son arrachement au groupe. C’est aussi à cette période que l’on accorde une attention plus grande aux couleurs passagères de ces visages, des couleurs fugaces vues comme les signes accidentels des émotions. Le discours médical sur les couleurs hérite en effet de l’essor du genre médiéval des régimes de santé[7], mais aussi de la diffusion de plus en plus large de traités de médecine antique comme les Aphorismes d’Hippocrate, le Tegni de Galien ou l’Isagoge ad Tegni Galieni de Johannitius, qui consacrent des développements spécifiques aux diverses couleurs du corps. Sous la plume de plusieurs commentateurs médiévaux, se dessine ainsi peu à peu la catégorie des « couleurs spirituelles », ou des couleurs « non-naturelles[8] ». On observe par ailleurs une lente inflexion des traités de physiognomonie, qui s’intéressent peu à peu non seulement aux signes fixes du visage, représentatifs d’un tempérament donné, mais aussi à des signes plus accidentels jusque-là absents de cet art de lire les visages, parmi lesquels les changements de couleur[9].

Le déchiffrement du corps demeure un sujet majeur à l’âge classique[10]. Descartes aborde longuement les « signes extérieurs des passions[11] » comme les « changements de couleur », surtout la rougeur, tantôt associée à la honte[12], à une forme de pudeur[13], le fameux « vermillon de la honte[14] », comme l’a nommé Somaize. Ce phénomène physiologique, apparemment discret, réalise la synthèse de plusieurs grandes préoccupations de l’âge classique : les passions de l’âme, le corps éloquent pris entre simulation et dissimulation[15], mais aussi l’obscénité qui résonne dans les habitudes langagières, les débats sur l’honnêteté, la pudeur des femmes ou encore les bienséances artistiques[16]. La rougeur « n’est plus une marque de spontanéité mais le signe de l’inconfort d’une femme tenue de réprimer l’authenticité de ses émois pour paraître innocente », dévoilant ainsi « la violence d’un code social qui soumettait le corps féminin à une surveillance de tous les instants[17] ».

Si la physiognomonie perd son autorité au XVIIIe siècle[18], l’interprétation des couleurs du visage se poursuit sur de nouvelles prémisses. Le modèle des passions est abandonné au profit du sentiment, une « catégorie plus subtile et variée, et surtout plus positive[19] ».  Parallèlement, l’influence des sciences naturelles et l’avènement de l’empirisme mènent à « une revalorisation de l’observation et une nouvelle confiance dans les données des sens » qui « modifie la manière même d’écrire[20] » entraînant un « renouveau des pratiques descriptives[21] » dès les années 1760 dans les belles-lettres.

L’intérêt pour les couleurs passagères des individus prendra une nouvelle dimension au XIXe siècle : certes « l’expressivité en public[22] » décline mais la description s’autonomise en littérature et de nouvelles techniques de l’observateur apparaissent[23] – tous ces nouveaux enjeux entérinent la rupture avec les siècles précédents justifiant nos bornes temporelles.

Au sein des différents genres, ces mentions colorées revêtent par ailleurs des enjeux différents qui méritent d’être considérés dans leurs spécificités. Dans les romans, les changements de couleur, aussi fugaces soient-ils, repoussent ainsi les limites traditionnelles entre narration et description : ils font progresser l’intrigue à travers l’analyse des émotions et la communication non-verbale des personnages tout en témoignant des évolutions des manières de voir et de décrire. Rougeur et pâleur sont des instantanés chromatiques à part entière, variant en intensité (ou en saturation) selon la force de l’émotion tandis que rougissement et palissement rendent compte de la dimension cinétique de ces phénomènes. On parle certes de couleurs mais cette perception visuelle dépasse les simples tonalités. Il est question de clarté, de saturation, mais aussi d’éclat du teint, de fraîcheur de la peau : la brillance est une autre qualité visuelle (parachromatique).

En poésie, les blasons du corps féminin ne sont pas dépourvus de notations colorées mais ces couleurs sont généralement fixes, comme si elles avaient été déposées par un peintre sur la surface d’une toile ou d’une statue, ce qui confère une apparence stable et immuable à la femme évoquée. Le visage féminin est ainsi bien souvent, dans la poésie de la Renaissance, saisi dans son invariabilité alors que la prose du roman sentimental de la même époque (songeons aux Angoisses douloureuses qui procèdent d’amour d’Hélisenne de Crenne, à Melicello de Jean Maugin ou encore à L’Amant ressuscité de la mort d’amour, attribué à Nicolas Denisot) traite justement de la perturbation de cette disposition des couleurs par les émotions. L’agitation intérieure vient de fait altérer l’apparence du visage. Toutefois une certaine porosité existe entre poésie et roman et certains portraits féminins sont traités, chez Hélisenne de Crenne par exemple, selon les codes du blason, genre à la mode au moment de la composition des Angoisses douloureuses qui procèdent d’amour.

De manière plus explicitement didactique, les couleurs passagères apparaissent enfin dans des traités relevant de domaines aussi variés que la médecine, la physiognomonie, la théologie ou la civilité. Il s’agit alors d’indiquer au lecteur (qu’il soit médecin, prêtre ou simple observateur) comment lire et interpréter ces changements de couleur, afin qu’il devienne à son tour herméneute des mouvements de l’âme et du corps.

Nous vous suggérons quelques pistes de recherche, non-exhaustives :

Représenter la couleur du visage et ses changements

  •     Où les changements de couleur se localisent-ils sur le visage ? Y a-t-il des zones où ils se manifestent de manière privilégiée ?
  •     Par quel lexique, par quelles tournures syntaxiques, métaphores ou comparaisons récurrentes les changements de couleurs sont-ils évoqués ?
  •     Comment les auteurs et les artistes retranscrivent-ils le mouvement, l’intensité, l’éclat des couleurs ? Cette représentation convoque-t-elle d’autres sens que celui de la vue, en particulier le toucher ? (le grain de la peau, sa chaleur ou sa froideur…)

À la frontière des discours

  •     Peut-on établir une typologie stable des couleurs associées à chaque émotion ?
  •     Dans quelle mesure cette sémiotique sous-jacente s’inscrit-elle dans une tradition littéraire et artistique (héritage gréco-latin de l’élégie, héritage médiéval de la descriptio puellae ; héritage renaissant de la poésie pétrarquiste) ?
  •     Dans quelle mesure se réfère-t-elle à un discours médical ? Quels liens entretient-elle en particulier avec le corpus hippocratique, le corpus galénique, les régimes de santé médiévaux, les traités de physiognomonie ?
  •     Dans quelle mesure et quand la représentation des couleurs fugaces du visage se détache-t-elle de ces discours sous-jacents pour revêtir une dimension essentiellement esthétique ?

Changement de couleur et regard social

  •     Quel est le regard social porté sur le changement de couleur du XVIe au XVIIIe siècle ? Qu’en disent par exemple les traités de civilité ? S’agit-il d’une manifestation que l’on cherche à dissimuler ?
  •     Le changement de couleur est-il considéré comme un signe sincère ? Qui peut décoder ces changements de couleur (le médecin, l’ami, l’être aimé, l’artiste, le lecteur …) ?

Couleurs fugaces et question du genre

  •     Le changement de couleur du visage est-il une manifestation des émotions genrée ? Existe-t-il des différences de nature et de localisation entre les couleurs passagères des visages féminins et masculins et les émotions auxquelles elles sont associées ?
  •     À qui s’adressent les œuvres faisant la part belle à cette représentation de la fugacité des couleurs du visage ? À un public féminin ?

Couleurs passagères et enjeux littéraires

  •     Quelles sont les fonctions de la représentation de cette fugacité des couleurs dans les œuvres dans lesquelles elle prend place ?
  •     S’inscrit-elle dans un moment de pause descriptive ayant pour fonction de rendre visibles les émotions et de permettre aux lecteurs d’y accéder ? Participe-t-elle de la communication non-verbale des protagonistes ? Constitue-t-elle un élément moteur dans la narration ? Revêt-elle une visée didactique et morale ?

Les propositions de communication n’excèderont pas 250 mots et seront accompagnées d’une courte bio-bibliographie de quelques lignes. Nous vous prions d’envoyer le tout, avant le 15 janvier 2026, aux trois organisatrices : godnairnathalie@gmail.com, adeline.lionetto@sorbonne-universite.fr, et ripoll@uni-trier.de ). L’ensemble sera soumis au comité scientifique de la journée d’étude dont les réponses seront transmises un mois environ après la fin de l’appel. La journée d’étude aura lieu à l’automne 2026 (la date sera précisée au printemps 2026).

 

Éléments bibliographiques :

Abramovici, Jean-Christophe, « “Commander le silence à sa physionomie” : la rougeur des hommes », Dix-Huitième Siècle, 2019, vol. 51, n° 1, p. 305-319. DOI : 10.3917/dhs.051.0305

Abramovici, Jean-Christophe, « Dialectique de la rougeur », Europe, Choderlos de Laclos, janvier-février 2003, n° 885-886, p. 106-115.

Abramovici, Jean-Christophe, Obscénité et classicisme, Paris, Presses Universitaires de France (Perspectives littéraires), 2003.

Abramovici, Jean-Christophe, « Au temps où l’on savait encore “ce que c’est que rougir”. Interdits langagiers et pudeur féminine à l’âge classique », Romanistische Zeitschrift für Literaturgeschichte / Cahiers d’Histoire des Littératures Romanes, 1999, 23, 1/2, p. 27-38.

Boehm, Isabelle, « La couleur du corps chez Galien. Coloration naturelle et couleurs modifiées dans la polychromie du vivant » dans Le corps polychrome, couleurs et santé, Antiquité, Moyen Âge, Époque moderne, dir. Franck Collard et Évelyne Sammama, Paris, L’Harmattan, 2017, p. 11-21.

Courtine, Jean-Jacques, Haroche, Claudine, Histoire du visage, Exprimer et taire ses émotions (XVIe-début XIXe siècle), Paris, Éditions Rivages (Petite Bibliothèque Payot), [1988] 2007.

Crary, Jonathan,Techniques de l’observateur. Vision et modernité au XIXe siècle, Bellevaux, Éditions dehors, 2016.

Desjardins, Lucie, « De la “surface trompeuse” à l’agréable imposture. Le visage au XVIIe siècle », Intermédialités / Intermediality, automne, 2006, n° 8, p. 53-66. URL : https://id.erudit.org/iderudit/1005539ar

Desjardins, Lucie, Le corps parlant. Savoirs et représentation des passions au XVIIe siècle, Québec/Paris, Les Presses de l’Université Laval/L’Harmattan, 2001.

Gaillard, Aurélia, L’invention de la couleur par les Lumières, Paris, Les Belles, Lettres, 2024.

Gaillard, Aurélia et Lanoë, Catherine (dir.), La couleur des Lumières, Dix-Huitième siècle, 51, 2019.

Guyot, Sylvaine, Racine et le corps tragique, Paris, PUF, 2014.

Malisse, Héloïse, « Le pudor féminin dans les œuvres ovidiennes ou un aperçu du comportement idéal d’une Romaine selon Ovide », Revue belge de Philologie et d’Histoire, 2014, n°92, p. 71-101.

Marcucci, Laëtitia, « Le rôle méconnu de la physiognomonie dans les théories et pratiques artistiques de la Renaissance à l’Âge classique », Nouvelle revue d’esthétique, 2015/1, no 15, Paris, Presses universitaires de France, 2015, p.123-133.

Marcucci, Laëtitia, « Couleurs et émotions dans la physiognomonie des XVIe et XVIIe siècles », Le corps polychrome. Couleurs et santé. Antiquité, Moyen Âge, Époque Moderne, dir. Franck Collard et Evelyne Samama, Paris, L’Harmattan, 2018, p. 219-229.

Ripoll, Élodie, « Les changements de couleur sont-ils des topoï comme les autres ? », Topiques, études satoriennes [En ligne], vol. 8, 2024. URL : http://journals.openedition.org/topiques/333

Ripoll, Élodie, Penser la couleur en littérature. Explorations romanesques des Lumières au réalisme, Paris, Classiques Garnier, 2018.

Schöch, Christof, La Description double dans le roman français des Lumières (1760-1800), Paris, Classiques Garnier, 2012.

Stewart, Philip, L’Invention du sentiment : roman et économie affective au XVIIIe siècle, Oxford, Voltaire Foundation, 2010.

Van der Lugt, Maaike, « Les couleurs de la peau dans les commentaires sur l’Isagoge de Johannitius », Le corps polychrome. Couleurs et santé. Antiquité, Moyen Âge, Époque Moderne, dir. Franck Collard et Evelyne Samama, Paris, L’Harmattan, 2018, p. 49-66.

[1] « Le visage et la voix », Centre culturel international de Cerisy, du 29 juin au 6 juillet 2002, sous la dir. d’Annie Gutmann et Pierre Sullivan ; « Le visage, la rencontre de l’autre », CRIF, CRAN et Collège des Bernardins, 10 octobre 2010 ; « La politique du visage. Fanatisme esthétique et regard éthique », Université de Rennes, 5 et 6 avril 2018, sous la dir. de Leszek Brogowski, Gwenola Druel et Anna Szyjkowska ; « Visages perturbés », Université de Genève et Association suisse de littérature générale et comparée, du 3 au 5 novembre 2022, sous la dir d’Evelyn Dueck et Guillemette Bolens ; « Le visage dans les cultures humaines : approches interdisciplinaires », Marrakech, 14-15 novembre 2023, sous la dir. de Fatima Ez, Zahra Benkhallouq et Hicham Feteh ; « Visage, visagéité, reconnaissance faciale », Université Polytechnique Hauts-de-France, 6-7 juin 2024, sous la dir. de Vincent Vivès.

[2] René Descartes, Les Passions de l’âme, éd. Jean-Maurice Monnoyer, Paris, Gallimard, [1649] 1988, art. 112, p. 219.

[3] Christophe Lesueur, « “They blush because they understand” : la rhétorique de la rougeur dans les romans de Samuel Richardson », Miranda, 2012, vol. 6, §2. DOI : 10.4000/miranda.3005

[4] Élodie Ripoll, « Les changements de couleur sont-ils des topoï comme les autres ? », Topiques, études satoriennes [En ligne], vol. 8, 2024. URL : http://journals.openedition.org/topiques/333

[5] Voir Jean-Christophe Abramovici, « “Commander le silence à sa physionomie” : la rougeur des hommes », Dix-Huitième Siècle, 2019, vol. 51, n° 1, p. 305-319. DOI : 10.3917/dhs.051.0305

[6] Voir Élodie Ripoll, Penser la couleur en littérature. Explorations romanesques des Lumières au réalisme, Paris, Classiques Garnier, 2018, p. 393-404.

[7] Voir Maryline Nicoud, Les régimes de santé au Moyen Âge à Rome. Naissance et diffusion d’une écriture médicale (XIIIe-XVe siècle), Rome, École française de Rome, 2007, p. 4.

[8] Voir l’article de Maaike Van der Lugt, « Les couleurs de la peau dans les commentaires sur l’Isagoge de Johannitius » dans Le corps polychrome. Couleurs et santé. Antiquité, Moyen Âge, Époque moderne, Paris, L’Harmattan, 2018, p. 57.

[9] Voir Laëtitia Marcucci, « Couleurs et émotions dans la physiognomonie des XVIe et XVIIe siècle » dans Le corps polychrome […], op. cit., p.219-229.

[10] Voir Marin Cureau de La Chambre, Les Caractères des passions, Paris, Jacques D’Allin, 1640-1662, 5 vol. ; L’Art de connoistre les hommes d’après la physionomie, Paris, J. D. Allin, [1659] 1663 ; Claude de La Bellière, La Physionomie raisonnée ou secret curieux pour connoitre les inclinations naturelles de châcun par les regles naturelles, Paris, Edme Couterot, 1664.

[11] René Descartes, Les Passions de l’âme, éd. citée, art. 112, p. 219.

[12] Cureau de la Chambre, Les Caractères des passions, 1640, p. 6.

[13] Le chevalier de Méré cité par Lucie Desjardins, Le Corps parlant. Savoirs et représentation des passions au XVIIe siècle, Québec/Paris, Les Presses de l’Université Laval/L’Harmattan, 2001, p. 106.

[14] Antoine Baudeau de Somaize, Le Grand Dictionnaire des précieuses, éd. Charles-Louis Livet, Hildesheim/New York, Olms, [1856] 1972, 2 vol., p. 201.

[15] Voir Lucie Desjardins, Le Corps parlant, op. cit., p. 103-159.

[16] Jean-Christophe Abramovici, Obscénité et classicisme, Paris, Presses Universitaires de France, coll. Perspectives littéraires, 2003, p. 10-11.

[17] Jean-Christophe Abramovici, « Au temps où l’on savait encore “ce que c’est que rougir”. Interdits langagiers et pudeur féminine à l’âge classique », Romanistische Zeitschrift für Literaturgeschichte / Cahiers d’Histoire des Littératures Romanes, 1999, 23, 1/2, p. 36.

[18] Jean-Jacques Courtine et Claudine Haroche, Histoire du visage. exprimer et taire ses émotions (du XVIe au début du XIXe siècle), Paris, Éditions Rivages, [1988] 2007, p. 97 sqq.

[19] Philip Stewart, L’Invention du sentiment : roman et économie affective au XVIIIe siècle, Oxford, Voltaire Foundation, 2010, p. 2.

[20] Christof Schöch, La Description double dans le roman français des Lumières (1760-1800), Paris, Classiques Garnier, 2012, p. 70.

[21] Ibid., p. 11.

[22] Jean-Jacques Courtine et Claudine Haroche, Histoire du visage, op. cit., p.14.

[23] Voir Jonathan Crary, Techniques de l’observateur. Vision et modernité au XIXe siècle, Bellevaux, Éditions dehors, 2016.

 

Pantagruel et la Pantagrueline Prognostication : nouvelle édition

 

Bonne nouvelle pour les candidat.es à l’agrégation de Lettres !

Pour inaugurer leur nouvelle collection “Les Singuliers”, les éditions Bouquins font paraître en volume séparé Pantagruel et la Pantagrueline Prognostication.

Pantagruel : établissement et annotation du texte par Nicolas Le Cadet, translation en français moderne par Myriam Marrache-Gouraud

Pantagrueline Prognostication : établissement du texte, translation et annotation par Claude La Charité.

 

Le texte est issu du volume Tout Rabelais (dir. R. Menini, Bouquins-Mollat 2022). Le texte, la translation et l’annotation ont fait l’objet d’une révision pour cette nouvelle édition.