Cynthia Skenazi – Hommage à Jerry C. Nash (1946-2026)

In Memoriam

Jerry C. Nash

(1946-2026)

La passion de Jerry Nash pour la recherche était patente. Sa minutieuse édition critique des Epistres familieres et invectives d’Hélisenne de Crenne (1996 et 2007), ses travaux sur Rabelais, Marguerite de Navarre, Labé, Denisot, Du Bellay, Ronsard, Montaigne en portent la marque. Mais l’expression la plus visible de cet enthousiasme se trouve dans ses nombreuses publications consacrées à Maurice Scève. Son livre The Love Aesthetics of Maurice Scève : Poetry and Struggle (1991) est à cet égard une référence indispensable. Centrée sur la Délie, cette étude combine des perspectives phénoménologiques à des conceptions humanistes pour s’inscrire en faux contre l’image d’un Scève volontairement obscur sinon illisible, une image que Du Bellay et Peletier Du Mans, entre autres, avaient répandue de façon polémique. Pour Nash, la densité des dizains et la complexité de l’expérience amoureuse qui en font l’objet visent à entraîner le lecteur dans une ascèse analogue à celle du protagoniste de l’œuvre. Per angusta ad augusta. Pour l’amant-poète de Délie comme pour le lecteur de ses vers, les obstacles et les frustrations qu’ils engendrent sont des épreuves à dépasser pour atteindre, à force de patiente persévérance, une forme plus élevée, ineffable, d’amour et de poésie et, de façon plus large, de « plus haulte vertu », selon le titre du recueil de Scève.

Professeur et chef de département à l’université de la Nouvelle-Orléans puis à l’université du Nord du Texas, Jerry Nash ne ménageait ni son temps ni ses efforts pour encourager les études sur le grand poète de Lyon et sur les textes de la première moitié du seizième siècle (Concordance de la Délie, 1976 ; Pre-Pléiade Poetry,1985). Chaque initiative mettait en valeur son ouverture à d’autres perspectives critiques que les siennes, son sens minutieux de l’organisation, sa bienveillante générosité envers les jeunes chercheurs. À ces traits s’ajoutaient les joies de la collaboration et de l’amitié fidèle, comme en témoignent ses codirections d’études réunies en l’honneur de Barbara M. Craig (1982) et de Donald A. Stone, Jr. (1991).

Ceux qui l’ont connu savent combien sa présence contribuait à la convivialité du cercle des seiziémistes de part et d’autre de l’Atlantique. Sa ferveur pour l’étude allait de pair avec des échanges enjoués ou le plaisir de nous faire découvrir le jazz et la gastronomie de la Nouvelle Orléans au cours des colloques qui s’y tenaient. Comme tout humaniste, Jerry Nash savait que l’univers des livres et la vie communiquent « Pour enrichir la povreté du Monde » (Délie, 53).

Cynthia Skenazi

Université de Californie, Santa Barbara


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SFDES (21 février 2026). Cynthia Skenazi – Hommage à Jerry C. Nash (1946-2026). SFDES. Consulté le 19 juillet 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/15qsy