Colloque international “Emerveillements savants, (XVIe-XVIIIe siècles)” – Poitiers 26-27 mai 2025

Colloque international

De l’hydre à la chenille

Émerveillements savants

(XVIe-XVIIIe siècles)

Université de Poitiers, 26 et 27 mai 2025

 

Org. Myriam Marrache-Gouraud et

Antonia Zagamé (FoReLLIS-B)

 

Les deux jours du colloque sont précédés d’une table ronde

le vendredi 23 mai à 18h30.

Table ronde « Eurêka ?! »

avec Pascal Duris (U. Bordeaux) et Jérôme Lamy (CNRS), historiens des sciences

Poitiers, Médiathèque François-Mitterrand, 4, rue de l’Université, Salle Jean-Richard Bloch. Entrée libre et gratuite, tous publics.

 

Programme

Lundi 26 mai. MSHS Salle des conférences

(Université de Poitiers)

 

10h Accueil café

10h15 Mot d’accueil

  • Émerveillement, découverte et connaissance (XVIe-XVIIe siècles)

Modérateur : Pierre Martin

10h30 Dominique Brancher (Yale University, USA), Le chemin des pierres. Montaigne minéralogiste

11h10 Nathalie Godnair (Université de Tours), “Mais admirons-nous ces objets ?” : nature, écriture et enjeux des émerveillements savants dans Le Cabinet de Minerve de François Béroalde de Verville (1596)

11h50 David Sedley (Haverford College, USA), Admiration et mécanisation chez Descartes

12h30 Déjeuner

  •  Émerveillement et controverses savantes (XVIIe-XVIIIe siècles)

Modérateur : Dominique Moncond’huy

14h Julien Gominet-Brun (Université de Montpellier 3), Sciences et merveilles chez Charles Sorel

14h40 Adrien Miqueu (Université de Lausanne, Suisse), Merveilles de la théologie naturelle : fractures confessionnelles, fractures savantes

15h20 Jean-Christophe Abramovici (Sorbonne Université), La découverte émerveillée et controversée des animalcules spermatiques au XVIIIe siècle

16h-16h20 Pause café

Modératrice : Aurélia Gaillard

16h20 Mélanie Slaviero (Sorbonne Université), L’émerveillement du style naturaliste d’après Buffon

17h00 Adrien Mangili (Université de Genève, Suisse), Ambivalences de l’émerveillement savant dans Le Rêve de d’Alembert

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Mardi 27 mai. Château d’Oiron

8h00 Rdv sur l’esplanade de Notre-Dame pour un départ en car à 8h25

10h Accueil café au château d’Oiron

Plaisirs partagés de l’émerveillement savant

Modérateur : Adrien Mangili

10h30 Aude Volpilhac (Université catholique de Lyon), Un émerveillement terre-à-terre. Enjeux polémiques, épistémologiques et littéraires de l’admiration pour les fruits du jardin (L’instruction pour les jardins fruitiers et potagers de Jean-Baptiste de la Quintinie, 1690)

11h10 Isabelle Moreau (Ecole normale supérieure de Lyon), Du caméléon au papillon : l’émerveillement au salon

11h50 Aurélia Gaillard (Université Bordeaux Montaigne), Le clavecin oculaire de Bertrand Castel : une machine savante pour quel émerveillement ?

12h30 Déjeuner

13h30 Visite du château

15h15 Départ du château

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INFORMATIONS PRATIQUES

Lieux :

  • le 26 mai : Université de Poitiers, Maison des Sciences de l’Homme et de la Société, bat. A5, 5 rue Théodore Lefebvre, 86000 Poitiers
  • le 27 mai : Château d’Oiron, 10-12 rue du château, Oiron,  79100 Plaine-et-Vallées
    > Pour venir en voiture : De Saumur : N 147 vers Parthenay, D 938 jusqu’à Thouars, puis D 37 et D 64 // De Poitiers : N 147 jusqu’à Loudun, puis D 759 vers Thouars et D 64 // De Tours : D 751 jusqu’à Loudun, D 759 vers Thouars et D 64
Inscription obligatoire  : 

 

Contacts : myriam.gouraud@univ-poitiers.fr / antonia.zagame@univ-poitiers.fr

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Argument

Selon Aristote, l’étonnement est étroitement lié au désir de connaître, en ce qu’il nous pousse vers l’observation minutieuse et provoque l’enquête qui tend à l’élucidation des causes des phénomènes. Peut-on alors penser que l’émerveillement, cet étonnement fasciné devant une chose inconnue ou énigmatique, tient le rôle d’aiguillon du savoir ? Le présent colloque souhaite, confrontant textes et iconographie, interroger la place et l’enjeu de l’émerveillement dans le contexte savant du XVIe au XVIIIe siècle, une longue durée marquée par de nombreuses découvertes au plan scientifique et technique. Il entend permettre de dessiner ainsi des lignes de force, ciblant certains objets ou certaines nuances de l’émerveillement, en étudiant leur ancrage historique – certains sont topiques depuis l’Antiquité – comme leur connotation changeante. Si en effet l’émerveillement pourrait sembler constituer un lieu commun de la réception des « singularités » de la nature ou de l’art, au point que les mirabilia jouent un rôle essentiel dans l’acquisition des savoirs durant la première modernité[1], cette modalité de la réception se maintient en empruntant d’autres formes au sein des Académies fondées au XVIIe et des cabinets de physique ou des expériences publiques de vols d’aérostats au XVIIIe siècle. Tantôt traité comme un élan, tantôt comme une blâmable naïveté, l’émerveillement constitue un point de tension essentiel dans le rapport au savoir : doit-il se dissiper devant l’encyclopédisme ou au contraire l’accompagner ?

La possibilité de l’émerveillement devant les objets scientifiques ou techniques varie non seulement dans le temps, mais aussi selon les lieux : si le cabinet de curiosités pose un certain nombre d’attentes et de conventions pour un émerveillement cultivé comme tel et sans cesse redynamisé par de nouvelles trouvailles, les théâtres anatomiques, les jardins, les salons ou les Académies…déclinent l’émerveillement, qu’il soit individuel ou partagé, élitiste ou ouvert, selon d’autres constantes. Afin d’ouvrir le champ de l’investigation, on considérera les objets scientifiques et techniques dans leur plus grande variété, qu’ils soient issus des domaines de la physique, de la médecine, des sciences de la nature, de la géométrie…en s’intéressant à toute machine ou instrument résultant d’une invention (imprimerie, musique, navigation, automates récréatifs, horlogerie, optique, art militaire, chirurgie, plastination des corps…). Les objets scientifiques sur lesquels porte cet émerveillement n’étant en effet plus tout à fait les mêmes, leur inscription dans le domaine des savoirs pourrait perdre de son sérieux et les apparenter à des divertissements de bateleurs : c’est là une dynamique encore peu étudiée[2], à la croisée de l’histoire des sciences, de l’histoire culturelle et de l’histoire des textes.

Alors que le regard sur les mirabilia délaisse progressivement l’unique et le nouveau pour se fixer sur les objets proches et communs, et transfère son intérêt du monstre à la puce, de l’hydre à la chenille, la littérature recueille ces émerveillements fugitifs pour en faire la matière de poèmes ekphrastiques, construire des personnages de savants, ouvrir l’espace des contes utopiques, de la poésie ou des romans scientifiques à ces découvertes surprenantes. C’est par la confrontation, de la Renaissance aux Lumières, des corpus savants aux textes plus explicitement esthétiques et littéraires, que le colloque entend circonscrire une histoire et une poétique, mais aussi une circulation des formes de l’émerveillement savant dans les différents régimes de discours.

Les questions suivantes seront privilégiées  :

-La place de l’émerveillement dans la relation au savoir, de la Renaissance aux Lumières : quels débats suscite à ces différentes époques l’articulation entre émerveillement et démarche scientifique ? Quel rôle joue la découverte fortuite, la sérendipité ? L’émerveillement trouve-t-il encore sa place dans le processus de la connaissance au seuil de la modernité ? Les Académies admettent-elles un certain type d’émerveillement, que les Encyclopédistes récusent, et comment la figure du savant évolue-t-elle alors, du studieux curieux de la Renaissance, au sceptique libertin, et jusqu’à l’érudit des Lumières ?

-Les objets de l’émerveillement savant. Quels objets sont capables de provoquer l’émerveillement, d’une époque à l’autre ? Phénomènes naturels ou prodiges techniques, monstres de la nature ou simples effets de ses lois fondamentales : comment se configure et se reconfigure graduellement ce qui est perçu comme merveilleux, surprenant, admirable ?

-Les continuités et ruptures dans l’expression de l’émerveillement du XVIe au XVIIIe siècle : surprise, admiration, interjections, exclamations, surperlatifs… quels sont les mots par lesquels se disent ces expériences d’enthousiasme (parfois intraduisibles) qui peuvent apparaître comme des substituts à la ferveur religieuse[3] ? Comment se construisent récits, descriptions, à quel dispositif rhétorique ou à quel champ sémantique les auteurs de ces différentes époques recourent-ils ? Le passage de la surprise suscitée par les monstres, les raretés, à une curiosité pour les phénomènes ordinaires et réguliers entraîne-t-il de nouvelles modalités de discours ? Les genres choisis et leur capacité de viser un certain type de destinataire se modifient-ils enfin à mesure que la culture scientifique s’ouvre à un plus large public (traités, correspondances, brochures, prospectus, articles de presse… ou encore poésie, récits, fictions) ?

-La nature de l’émerveillement savant. Quel pont peut-on établir entre les émotions que suscitent les merveilles de la nature ou de la technique et les expériences de plaisir proprement esthétique ? Quel lien peut se dessiner, notamment, avec la catégorie émergente du sublime, que l’on peut caractériser comme un saisissement devant une grandeur infinie (qui n’exclut pas du reste, chez Burke, l’infiniment petit) ? Quel écho existe-t-il enfin entre la redéfinition de la catégorie du merveilleux dans les poétiques littéraires du XVIIIe siècle et la promotion d’un nouveau type de merveilleux scientifique ou technique à cette période ?

[1] Comme l’ont montré par exemple les travaux de Lorraine Daston et Katherine Park (Wonders and the order of nature, London-New York, Zone Books, 2001). Les deux historiennes des sciences américaines confirment que la «passion de l’émerveillement» est toujours présente dans la République des Lettres au XVIIIe siècle, mais selon d’autres modalités que celles observées jusqu’alors : ce sont moins les écarts extraordinaires, les prodiges de la nature qui suscitent l’intérêt des savants, que sa marche ordinaire telle que la dévoilent l’observation et les expérimentations scientifiques.

[2] En 2020, la revue Lumen a consacré un numéro thématique à L’Émerveillement au XVIIIe siècle/Wonder in the Eighteenth century (dir. Christina Ionescu et Christina Smylitopoulos), dans le prolongement du congrès annuel de la Société canadienne d’étude du dix-huitième siècle de 2018, entièrement consacré à ce thème. Les deux coordinatrices de ce numéro thématique mettent en valeur la soif d’émerveillement du public des Lumières, et concluent que « la critique n’a qu’effleuré la surface de la question de l’émerveillement au dix-huitième siècle ».

[3] Voir notamment Aurélia Gaillard « De ‘la possibilité du flûteur automate’ (Helvétius) : les automates du XVIIIe siècle comme merveilles de substitution », dans L’Automate. Modèle, métaphore, machine, merveille, Aurélia Gaillard, Jean-Yves Goffi, Bernard Roukhomovsky et Sophie Roux (éd.), Bordeaux, PUB, « Mirabilia », 2012, p. 391-410.

 

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Bibliographie

Abiven, Karine, « Eurêka ! Anecdotes emblématiques au temps de la science expérimentale », in Histoires et savoirs. Anecdotes scientifiques et sérendipité aux XVe et XVIIe siècles, Frédérique Aït-Touati, Anne Duprat (dir.), Berne, Peter Lang (Nature, science et arts), 2012, p. 21-36.

Abramovici, Jean-Christophe, « Du « merveilleux vrai » des « petits animaux » Réaumur, entre rococo et Lumières », Dix-huitième siècle, vol. 42, n°1, 2010, p. 305-320.

Bert, Jean-François et Lamy, Jérôme, Voir les savoirs. Lieux, objets et gestes de la science, Paris, Anamosa, 2021.

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Brancher, Dominique, Quand l’esprit vient aux plantes. Botanique sensible et subversion libertine (XVIe-XVIIe s.), Genève, Droz, 2015.

Céard, Jean (dir.), La curiosité à la Renaissance, Paris, Sedes-CDU, 1986.

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Dahan-Gaida, Laurence (dir.), Eurêka ! Récits savants de découverte et d’invention, Paris, Hermann, 2022.

Daston, Lorraine et Park, Katherine, Wonders and the order of nature, NY, Zone Books, 2001.

Gaillard, Aurélia, « De ‘la possibilité du flûteur automate’ (Helvétius) : les automates du XVIIIe siècle comme merveilles de substitution », in L’Automate. Modèle, métaphore, machine, merveille, Aurélia Gaillard, Jean-Yves Goffi, Bernard Roukhomovsky et Sophie Roux (éd.), Bordeaux, PUB, « Mirabilia », 2012, p. 391-410.

Giacomotto-Charra, Violaine, La philosophie naturelle en langue française. Des premiers textes à l’œuvre de Scipion Dupleix, Genève, Droz, 2020.

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Ionescu, Christina et Smylitopoulos, Christina (dir.), L’Émerveillement au XVIIIe siècle/Wonder in the Eighteenth century, revue Lumen, 2020.

Knecht, Herbert H. « Le fonctionnement de la science baroque : le rationnel et le merveilleux », Baroque [En ligne], 12 | 1987. URL : http://journals.openedition.org/baroque/578 ; DOI : https://doi.org/10.4000/baroque.578

Lacour, Pierre-Yves, Lamy, Jérôme, et Marrache-Gouraud, Myriam (dir.), Choses à savoirs, numéro annuel de Dix-Huitième Siècle, 56, 2024.

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Myriam Marrache-Gouraud
Myriam Marrache-Gouraud

OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Myriam Marrache-Gouraud (1 mai 2025). Colloque international “Emerveillements savants, (XVIe-XVIIIe siècles)” – Poitiers 26-27 mai 2025. SFDES. Consulté le 20 juillet 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/13usq