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[A.A.C.] De l’imaginaire aux vestiges, des vestiges à l’imaginaire : représentations littéraires de la Grèce antique dans sa matérialité (XIVe-XIXe siècle)

Colloque international ERC AGRELITA coorganisé avec l’École française d’Athènes
25-26 février 2027 à l’École française d’Athènes
Appel à communications

Le projet ERC AGRELITA organise en collaboration avec l’École française d’Athènes un colloque international intitulé « De l’imaginaire aux vestiges, des vestiges à l’imaginaire : représentations littéraires de la Grèce antique dans sa matérialité (XIVe-XIXe siècle) ».

Ce colloque se propose d’explorer les représentations des réalités matérielles de la Grèce antique dans les œuvres littéraires écrites entre le xive et le xixe siècle et d’étudier la manière dont les auteurs se sont forgé des images de la Grèce ancienne à partir de sa matérialité telle qu’ils se l’approprient et l’intègrent dans des textes divers. Son objectif est d’analyser comment la matérialité de la Grèce antique (monuments, édifices, ruines, œuvres d’art, objets, vêtements…) a été imaginée ou reproduite, reconstituée, réinterprétée et à nouveau fantasmée, avant et après les découvertes de vestiges matériels lors de voyages, d’explorations et de fouilles archéologiques. Il porte ainsi sur les alternances et surtout les interactions entre d’une part les constructions de l’imaginaire et de la pensée, et de l’autre les vestiges matériels de la Grèce ancienne découverts au fil des siècles, dont les œuvres proposent des reflets littéraires.

Nous envisageons volontairement le corpus des textes littéraires dans son extension la plus large, celle qui prévaut durant la majorité des siècles considérés : romans, poésies, textes historiques, récits de voyage, littérature antiquaire, littérature d’art et d’architecture, traités archéologiques, récits de missions archéologiques, textes didactiques… Il s’agira de croiser les analyses sur des formes d’écriture souvent séparées. L’attention sera portée sur les textes et aussi les images visuelles susceptibles de les accompagner, qui mettent en scène des vestiges matériels associés à la Grèce antique, mais également les pratiques qui leur sont liées (politiques, artistiques, religieuses, funéraires, etc.).

Les réalités matérielles que les auteurs figurent relèvent parfois en effet de la seule création de l’imaginaire. Nous pensons ici particulièrement à des textes du xive siècle et du début du xve siècle, mais pas seulement. Elles sont plus souvent le reflet et la réélaboration de realia grecques ou identifiées comme telles : reproduction, transformation, projection de l’imaginaire et/ou de cadres de pensée se mêlent alors. Les auteurs des textes envisagés ont parfois eu un accès direct aux realia grecques qu’ils représentent – des voyageurs, des antiquaires, des archéologues… – et/ou écrivent à partir de sources médiatrices diverses et de leur propre vision de la Grèce. Leur pensée et leur imaginaire ont pu conditionner la représentation et l’interprétation de cette matérialité découverte directement ou indirectement, jusqu’à la réinventer. Quels éléments de la matérialité de la Grèce ancienne intéressent les auteurs au fil des siècles, avec quels modes de figuration et pour quelles finalités ? Comment s’articulent différentes représentations de la matérialité de la Grèce antique d’une époque à l’autre, à une même époque et parfois dans une même œuvre ? Comment la réception de cette matérialité change-t-elle aussi d’un espace culturel à l’autre ?

De l’engouement pour la Grèce antique qui se développe à partir du xive siècle, jusqu’à la naissance de l’archéologie moderne au xixe siècle, ce sont toutes ces matérialités fantasmées de la Grèce ancienne dans des textes littéraires que ce colloque souhaite explorer. Il a pour dessein de retracer l’évolution du regard que des auteurs très nombreux ont porté sur les vestiges matériels de la Grèce, et celle de leurs représentations, c’est-à-dire de leurs modes d’appropriation. À ce titre, la remise en contexte des ouvrages étudiés nous paraît essentielle pour mieux appréhender les enjeux (esthétiques, politiques, identitaires, etc.) qui sous-tendent ces représentations.

Les propositions sont à adresser (titre et résumé de 200-300 mots, bref cv) avant le 15 mai 2026 à Catherine Gaullier-Bougassas et à Lorène Bellanger aux adresses suivantes :

Les propositions pourront être présentées en français ou en anglais.

Pour assurer une publication avant la fin du projet ERC, nous demandons aux auteurs de nous envoyer leur texte avant le 23 décembre 2026. Des modifications pourront être apportées après le colloque.

Les articles issus des contributions seront publiés chez Brepols dans la collection « Recherches sur les Réceptions de l’Antiquité » : http://www.brepols.net/Pages/BrowseBySeries.aspx?TreeSeries=RRA.

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Illustration : Vue du théâtre de Bacchus in James Stuart et Nicholas Revett, The Antiquities of Athens, Londres, John Haberkorn et John Nichols, 1762-1787, Bibliothèque de l’Institut National d’histoire de l’Art, collections Jacques Doucet, Fol Res 639, vol. 2, ch. 3, p. 29.

Séminaire Dialogue des temps (10.04.26)

Université Rennes 2, laboratoire CELLAM, groupe Mouseion

Pour l’année 2025-2026, le séminaire Dialogue des temps propose un nouveau cycle de conférences sur l’actualité des publications et des projets de recherche liés à l’Antiquité et à ses déploiements postérieurs (plus spécifiquement la Renaissance, mais pas exclusivement).

Quatrième séance – vendredi 10/04 à partir de 16h30
“L’Égypte : modèles antiques et postérités renaissantes”



• 16h30-17h30 > Laurent Bricault (U. de Toulouse-Jean Jaurès)
“Retrouver l’Égypte. Du périple isiaque au réveil d’Osiris”

• 17h30-18h30 > Luisa Capodieci (U. de Nancy)
“L’Œil d’Osiris”

Vous pouvez retrouver l’événement et son affiche ici : https://sites-recherche.univ-rennes2.fr/cellam/evenement/3e-seance-du-seminaire-dialogue-des-temps/

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La séance aura lieu en hybride.
Pour le lien : contacter anne.rolet@univ-rennes2.fr
Lieu : Université de Rennes 2, Bât B, campus Villejean, salle Recherche

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• Pour consulter l’ensemble du programme de l’année : https://sites-recherche.univ-rennes2.fr/cellam/wp-content/uploads/2024/09/programme-dialogue-des-temps-2025_2026.pdf

• Pour consulter les archives du séminaire : https://sites-recherche.univ-rennes2.fr/cellam/activites/archives-du-seminaire-dialogue-des-temps-groupe-mouseion/


Webinaire Humanités médicales – 13 avril 2026

Webinaire “Actualités des humanités médicales” : lundi 13 avril 2026

L’équipe du pôle « Humanités, Médecine, Santé » de l’Institut de Recherches sur la Renaissance, l’Âge Classique et les Lumières (IRCL, UMR 5186) est heureuse de vous annoncer la prochaine séance de son webinaire d’actualités (Actualités des humanités médicales XVIe-XVIIIe siècles / Early Modern Health Humanities Seminar) qui aura lieu le lundi 13 avril 2026 à 18h30.

 

Elizabeth Bearden présentera son ouvrage Crip Authority. Disability and the Art of Consolation in the Renaissance, U. of Michigan Press, 2025, dans le cadre du webinaire organisé par Jérôme Laubner, Jennifer Ruimi et Sophie Vasset ( jerome.laubner@univ-montp3.fr ; jennifer.ruimi@univ-montp3.fr ; sophie.vasset@univ-montp3.fr)

Répondante : Paula Barros.

Le séminaire durera une heure ; voici le lien zoom :  https://univ-montp3-fr.zoom.us/j/98892188805 (ID de réunion: 988 9218 8805)

 

Il est également possible de suivre le webinaire en hybride depuis la salle du Conseil de la DRED, Université Montpellier Paul-Valéry, site Saint-Charles 1.

Appel à candidatures Post-Doc : ERC ISTHisFrench

Appel à candidatures Post-doctorat : ERC ISTHisFrench

ENGLISH

For his ERC project ISTHisFrench, Xavier Prévost is hiring a postdoctoral researcher (30-month fixed-term contract).

The candidate must hold a PhD in legal history, early modern history, or Renaissance literature, and read German and English fluently.

Applications are open until 16 April for a position starting on 15 June 2026. All information is available here: https://www.u-bordeaux.fr/universite/travailler-a-l-universite/offres-demploi/postdoctoral-researcher-legal-history-mf

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FRANCAIS

Dans le cadre du projet ERC ISTHisFrench, Xavier Prévost recrute un post-doctorant / une post-doctorante (CDD de 30 mois).

Pour postuler, il faut être titulaire d’un doctorat en histoire du droit, en histoire moderne ou en littérature de la Renaissance, et lire couramment l’allemand et l’anglais.

Les candidatures sont ouvertes jusqu’au 16 avril pour une prise de poste le 15 juin 2026. Toutes les informations sont disponibles ici : https://www.u-bordeaux.fr/universite/travailler-a-l-universite/offres-demploi/chercheur-post-doctoral-en-histoire-du-droit-fh

Spectacle-conférence La Boétie (22 mai 2026)

La SFDES organise un spectacle-conférence à destination de classes de lycéens sur le Discours de la servitude volontaire de La Boétie.

L’événement aura lieu le vendredi 22 mai matin, dans l’amphithéâtre Richelieu (Sorbonne université, 17 rue de La Sorbonne, Paris 5e).

L’événement prendra la forme d’une conférence sur La Boétie et son Discours par Blandine Perona, professeure à l’université de Lille, suivie de la représentation théâtrale du Discours par François Clavier (compagnie “Avec Vue sur lamer”). 

Déroulé de la matinée :

  • 9h-9h30 : Installation dans l’amphithéâtre
  • 9h30-11h45 : Mot d’accueil, conférence (environ 40 mn) et représentation du Discours (environ 1h15)
  • 11h45-12h : Évacuation de l’amphithéâtre

Informations et inscriptions auprès d’Adeline Desbois-Ientile (adeline.desbois@sorbonne-universite.fr )

Pour toute information, contacter Adeline Desbois-Ientile : adeline.desbois@sorbonne-universite.fr

Cynthia Skenazi – Hommage à Jerry C. Nash (1946-2026)

In Memoriam

Jerry C. Nash

(1946-2026)

La passion de Jerry Nash pour la recherche était patente. Sa minutieuse édition critique des Epistres familieres et invectives d’Hélisenne de Crenne (1996 et 2007), ses travaux sur Rabelais, Marguerite de Navarre, Labé, Denisot, Du Bellay, Ronsard, Montaigne en portent la marque. Mais l’expression la plus visible de cet enthousiasme se trouve dans ses nombreuses publications consacrées à Maurice Scève. Son livre The Love Aesthetics of Maurice Scève : Poetry and Struggle (1991) est à cet égard une référence indispensable. Centrée sur la Délie, cette étude combine des perspectives phénoménologiques à des conceptions humanistes pour s’inscrire en faux contre l’image d’un Scève volontairement obscur sinon illisible, une image que Du Bellay et Peletier Du Mans, entre autres, avaient répandue de façon polémique. Pour Nash, la densité des dizains et la complexité de l’expérience amoureuse qui en font l’objet visent à entraîner le lecteur dans une ascèse analogue à celle du protagoniste de l’œuvre. Per angusta ad augusta. Pour l’amant-poète de Délie comme pour le lecteur de ses vers, les obstacles et les frustrations qu’ils engendrent sont des épreuves à dépasser pour atteindre, à force de patiente persévérance, une forme plus élevée, ineffable, d’amour et de poésie et, de façon plus large, de « plus haulte vertu », selon le titre du recueil de Scève.

Professeur et chef de département à l’université de la Nouvelle-Orléans puis à l’université du Nord du Texas, Jerry Nash ne ménageait ni son temps ni ses efforts pour encourager les études sur le grand poète de Lyon et sur les textes de la première moitié du seizième siècle (Concordance de la Délie, 1976 ; Pre-Pléiade Poetry,1985). Chaque initiative mettait en valeur son ouverture à d’autres perspectives critiques que les siennes, son sens minutieux de l’organisation, sa bienveillante générosité envers les jeunes chercheurs. À ces traits s’ajoutaient les joies de la collaboration et de l’amitié fidèle, comme en témoignent ses codirections d’études réunies en l’honneur de Barbara M. Craig (1982) et de Donald A. Stone, Jr. (1991).

Ceux qui l’ont connu savent combien sa présence contribuait à la convivialité du cercle des seiziémistes de part et d’autre de l’Atlantique. Sa ferveur pour l’étude allait de pair avec des échanges enjoués ou le plaisir de nous faire découvrir le jazz et la gastronomie de la Nouvelle Orléans au cours des colloques qui s’y tenaient. Comme tout humaniste, Jerry Nash savait que l’univers des livres et la vie communiquent « Pour enrichir la povreté du Monde » (Délie, 53).

Cynthia Skenazi

Université de Californie, Santa Barbara

Journées d’hommage à Jean Céard – ENS Ulm – 13-14 mars 2026

Un colloque rendant hommage à Jean Céard, aux avancées nombreuses permises par ses travaux dans divers domaines de la recherche en littérature de la Renaissance, se tiendra les 13 et 14 mars 2026 à l’ENS de la rue d’Ulm à Paris.

Ce colloque, organisé par Isabelle Pantin et Anne-Pascale Pouey-Mounou, est réparti en huit sessions.

La SFDES, société savante que Jean Céard a contribué à fonder en 1978, et dont il fut le troisième président en 1985, est fière d’apporter son soutien à cet hommage scientifique.

Le programme détaillé figure ci-dessous.

Pour des raisons de sécurité, si vous désirez assister à ces journées, il est nécessaire de vous inscrire au préalable auprès d’Anne-Pascale Pouey-Mounou (ap.pouey@free.fr) et/ou d’Isabelle Pantin (isabelle.pantin@ens.psl.eu).

La Lyre et le masque (recension Adèle Payen de La Garanderie)

Adeline Lionetto, La Lyre et le Masque. La poésie des fêtes de cour en France au temps de Pierre de Ronsard (1549-1585), Genève, Droz, « Cahiers d’Humanisme et Renaissance », n° 208, 2025, 562 p.

 

L’ouvrage d’Adeline Lionetto, version remaniée de sa thèse de doctorat soutenue en 2014, est un livre-monde. La chercheuse se distingue par son impressionnante polymathie, qualité nécessaire pour appréhender avec rigueur toutes les facettes de cet objet polyédrique qu’est la poésie festive, archétype du « mariage des arts » propre à la Renaissance (p. 16), aux frontières entre la poésie, la musique, la danse et le théâtre, la vie mondaine et la vie politique, la France et l’Italie. Adeline Lionetto examine ces univers avec une méticulosité scientifique remarquable ; elle les met à notre disposition en pédagogue éclairée, dans une langue claire et raffinée. Comme cette étude sur la poésie des fêtes de cour en France s’inscrit à la « confluence » de plusieurs champs (p. 21), ce compte rendu propose d’en ressaisir et récapituler les principaux, une autre recension ayant proposé un résumé partie par partie (Marina Viallon, Le Verger n°XXXII, janvier 2026).

Adeline Lionetto nous convie dans son ouvrage à une visite privée dans les coulisses de la monarchie française. Au XVIe siècle, la poésie accompagne en effet les temps forts de la vie de la cour : mariages, anniversaires, sacres, entrées triomphales, fêtes religieuses – à l’exclusion des événements funèbres (p. 12-13). Les poètes et les artistes répondent à des commandes qui inscrivent leurs créations dans une économie dont le chapitre 2 souligne le caractère « féodal » (p. 61). Ils sont chargés de faire éclater au grand jour la grandeur de la France, d’en inventer in situ la mythologie et d’en annoncer les gloires à venir (chapitre 3). Le Balet comique de la Royne (1582) manifeste de façon exemplaire ce rêve d’une poésie performative, ce qui en motive l’étude privilégiée au chapitre 8. Le poète de la fête est à la fois « pourvoyeur de mémoire » (p. 13) et prophète chargé de « reporter la dynamique heureuse qui caractérise les temps présents sur les temps à venir » (p. 96). Les enjeux politiques de la poésie festive sous-tendent aussi le chapitre 6, où sont exhumées les références antiques et médiévales qui nourrissent l’imaginaire des auteurs : Adeline Lionetto identifie ainsi un véritable « laboratoire de nouvelles mythologies » au service de la monarchie (p. 257). Cette idée culmine au chapitre 7 avec une enquête archéologique sur les symboles de l’absolutisme français, tels l’Hercule gaulois ou le Roi Soleil. Faisant parler les imaginaires du temps, Adeline Lionetto voit dans les structures agonistiques et les motifs du combat, antique ou médiéval, les indices de représentations collectives qui accompagnent des dégénérescences ou préfigurent des triomphes, des Valois aux Bourbons. Et, dans la lignée de Frances Yates qui avait dévoilé l’idéal pacificateur des Académies de poésie et de musique à la Renaissance, Adeline Lionetto souligne la vocation cathartique de la poésie festive, faisant de l’artiste le garant de l’ordre civil.

La description très informée du métier de poète constitue un autre point fort de cet ouvrage, qui se situe à ce titre dans le champ de l’histoire sociale. Empruntant l’entrée des artistes, nous suivons Adeline Lionetto dans un atelier dense et profus, au cœur de l’activité créatrice dont la dépendance au pouvoir apparaît sans conteste. Le rôle du poète dans la fête est examiné au chapitre 2 qui déplie les relations entre « l’économie festive » et la « question de l’auctorialité » (p. 77). Méthodique et passionnante, cette étude dévoile les dessous de la vie d’auteur. Poursuivant le travail conduit par Philippe Desan dans L’imaginaire économique de la Renaissance, Adeline Lionetto classe les types de rémunérations allouées aux poètes de circonstance (gages, pensions et dons exceptionnels). À partir des comptes royaux et des comptes municipaux, elle met au jour des données économiques concrètes comme les délais de composition (environ 3 à 4 mois selon les commandes) et la valeur des rétributions – avec 324 livres-tournois, Ronsard aurait été l’artiste le mieux payé pour l’entrée de Charles IX à Paris (1571). Le chapitre 4 rend ensuite un double hommage : au poète de la Renaissance tel qu’il est rêvé par les humanistes italiens, et au Recueil des inscriptions, figures et devises (1558) d’Étienne Jodelle pour sa conception « panépistémique » de la fantaisie. Adeline Lionetto met au jour la pluralité des compétences artistiques de Jodelle, à la fois dramaturge, chef de troupe, concepteur de décors et poète. Le chapitre 5 étudie quant à lui deux types de collaborations entre des poètes et des artistes. L’examen du Recueil des Triumphes et Magnificences (1564) porte sur les échanges entre Ronsard et deux secrétaires, les « petites mains de la fête » (p. 135) dans l’organisation du carnaval de Fontainebleau. Le genre de l’intermède, textes et partitions à l’appui, illustre quant à lui les collaborations entre poètes et musiciens. Ce chapitre montre en fin de compte que le rêve du poète total nourrit encore au XVIe siècle une part importante de la production poétique. Pour finir, cette réflexion transversale est complétée par les études de cas proposées au chapitre 9, qui compare les pratiques éditoriales de mise en recueil chez cinq auteurs de la Pléiade (Du Bellay, Belleau, Baïf, Ronsard et Jodelle). La chercheuse identifie des stylistiques individuelles, tout en suggérant le « rôle modélisateur » (p. 17) de Pierre de Ronsard.

L’ouvrage d’Adeline Lionetto peut aussi se lire comme une contribution éclairante sur la fabrique de la littérature. La chercheuse se livre à un travail de poétique au sens strict, aristotélicien : elle s’appuie sur des corpus classés, des observations documentées où les relations entre la France et l’Italie se révèlent incontournables, établit des nomenclatures, instaure des distinctions, privilégiant les enquêtes de terrain aux discours et traités. La définition de la poésie de circonstance, « ‘‘contrechant’’ nécessaire » (p. 43) dans la carrière d’un auteur, occupe le premier chapitre. Celui-ci fait ressortir les relations paradoxales que les poètes entretiennent avec ces productions dévaluées pour leur facilité mais vitales, peu théorisées et pourtant omniprésentes. Le chapitre 3 poursuit cette réflexion en reliant la poésie festive à l’esthétique de la silve. Mais c’est surtout au regard de l’histoire des genres que La Lyre et le Masque apporte d’importantes contributions. À partir d’un corpus classé, les chapitres 10 et 11 proposent une définition de la mascarade et de son histoire. Après avoir identifié deux principaux modèles (l’un ronsardien, l’autre italien), Adeline Lionetto dégage plusieurs critères de délimitation du genre et en souligne les points communs avec l’épopée et la tragédie. Elle couvre un large empan, du début du XVIe siècle en Italie aux recueils folâtres du siècle suivant. Le chapitre 12 offre en complément des analyses visant à distinguer la mascarade du ballet et de la momerie ; s’y ajoute un développement sur le genre du cartel au chapitre 6. Ces enquêtes nous renseignent en fin de compte sur les conditions d’émergence d’un genre à une époque où le champ littéraire n’était pas institutionnalisé : pour la poésie des fêtes de cour, liées dans son essence à des circonstances, ce sont la réitération et l’imitation de pratiques d’écriture qui comptent, plus que l’imposition d’un nom.

Dans la poétique de la fête que déploie La Lyre et le Masque, l’imaginaire occupe une place centrale. Si la chercheuse invite, au seuil de son ouvrage, à faire le « deuil de la fête » (p. 10), elle parvient, depuis l’examen des recueils et de leurs illustrations, à rendre concrètes et sensibles les représentations passées. Quelques heureuses découvertes intellectuelles ont ainsi jalonné notre lecture, comme l’histoire des premières « scènes d’illusion » et des décors amovibles du château du Nantes (p. 151) ou les précisions sur les techniques d’éclairage (p. 197). Adeline Lionetto accorde beaucoup d’attention à la dimension plastique des spectacles, et propose à ce titre de riches analyses sur diverses sortes de « carmina figurata » (p. 225), comme les inscriptions à l’antique, les vers numéraires, les adresses au roi, les légendes et les énigmes qui ornent le décor imaginé par Jodelle pour la célébration de la victoire de Calais (chapitre 4), sans oublier la mention des petits billets conçus pour être déversés sur le roi lors du carnaval de Fontainebleau (chapitre 5). « L’architecture de la fête, toute de poésie, de bois peint, d’images à la fois mythologiques et mystiques mais aussi de floraisons, se présente au regard du spectateur comme un gigantesque livre ouvert délivrant avec grandiloquence les secrets de l’univers et de l’Histoire », commente Adeline Lionetto (p. 114). Enfin, l’imaginaire rencontre la poétique dans l’étude ordonnée de cortèges de personnages mythologiques et de figures allégoriques : nous croisons des sirènes (chapitre 5), des muses, et des nécromanciens (chapitre 6), des sibylles, des fées et des sorcières (chapitre 10), des chevaliers grecs et des paladins du Moyen Âge, ainsi qu’Orphée, Amphion et Pan (chapitre 6). Chaque arrêt sur image fait ressortir à la fois le goût de l’hybridité et la tendance au syncrétisme que la chercheuse considère comme « caractéristiques de la culture de la Renaissance » (p. 174).

En refermant le livre, nous ne pouvons que marquer notre admiration devant cette somme dont l’ambition d’exhaustivité s’allie à la clarté ; les spécialistes trouveront aussi quelques hypothèses de découvertes (l’attribution à Jodelle d’un air mis en musique par Didier Le Blanc, p. 25 ; l’identification d’Amadis Jamyn dans le Recueil des Triumphes et Magnificences, p. 145-146) et les autres s’émerveilleront, tout comme nous, devant le pouvoir esthétique, politique et social accordé aux arts. Qui a dit que les poètes ne valaient rien dans les temps de détresse ?

Adèle Payen de La Garanderie
Nantes Université – UR 4276 LAMO

Appel à contributions – « Écrire et imager la guerre (Moyen Âge – XVIe siècle) »

Appel à contribution de la Revue en ligne Utpictura – Rubriques

Numéro coordonné par Lionel Piettre, Aix Marseille Université (CIELAM) et Clara de Raigniac, Université de Lille (ALITHILA)

Comité scientifique

  • Benjamin Deruelle, Professeur d’histoire moderne, Université du Québec à Montréal.
  • Claude La Charité, Professeur de littérature, Université du Québec à Rimouski.
  • Pauline Lafille, MCF en histoire de l’art moderne et contemporain, Université de Limoges.
  • Michelle Szkilnik Professeur émérite de littérature du Moyen Âge, Université Sorbonne Nouvelle.
  • Laurent Vissière, Professeur des Universités en histoire médiévale, Université d’Angers.

Calendrier et consignes

Les propositions d’articles (250-300 mots) peuvent être soumises jusqu’au 1er avril 2026 à lionel.piettre@univ-amu.fr etclara.de-raigniac@univ-lille.fr, accompagnées d’une courte notice-bio-bibliographique. Le comité donnera sa réponse début mai 2026.

Les articles dont les propositions seront retenues seront à rendre pour le 1er octobre 2026 et ne devront pas dépasser 40 000 signes. Les consignes (à lire avant de commencer à rédiger) sont précisées sur le site de la revue : https://utpictura18.univ-amu.fr/consignes-mise-en-page-articles

Présentation du numéro

Comme d’autres sujets, la guerre fait désormais l’objet de studies, lesquelles se caractérisent par leur approche interdisciplinaire d’un thème. Alors que les strategic studies, développées aux États-Unis après 1945, considéraient la guerre comme « un outil militaire au service du politique », les war studies la voient comme « un fait social qui touche à l’ensemble des domaines de l’action humaine » (Holeindre et Taillat, 2015). Les recherches se tournent alors peu à peu vers l’expérience des soldats, s’intéressent à tous les acteurs et actrices, se diversifient en prenant en compte les impacts psychologiques de la guerre et sa mémoire (voir Evans, 2007). C’est parmi ces nouvelles perspectives que la question des représentations de la guerre trouve sa place.

Comme souvent dans l’histoire des représentations, celle de la guerre a fait l’objet de subdivisions séculaires et disciplinaires. Bien qu’on leur connaisse des influences et des héros communs, les guerres médiévales, en particulier, sont rarement mises en relation avec les conflits armés du XVIsiècle, lesquels sont davantage reliés à ceux de la période moderne et contemporaine – on pense par exemple à la figure du chevalier Bayard (Deruelle et Vissière, 2021) ou à Gaston de Foix (Barreto, 2015). De même, les textes de guerre des littéraires et historiens ne sont que ponctuellement envisagés avec les images des historiens de l’art. Ces deux corpus, écrits et visuels, partagent pourtant des supports, et s’inscrivent dans un même imaginaire qui pousse à les appréhender ensemble, dans une histoire culturelle commune. S’ils sont désormais légion, les travaux traitant des rapports entre textes et images ne portent pas spécifiquement sur la guerre. (On peut malgré tout noter l’existence du groupe de recherche Guerres Espaces Représentations lié à l’Université Bordeaux Montaigne, dont les membres traitent de représentations textuelles et visuelles de la guerre à différentes époques ; sur l’histoire culturelle, voir Burke, 2022.)

L’objectif de ce numéro de Rubriques est alors double : il s’agit de penser l’interaction entre les textes et images de guerre, en s’inscrivant sur un temps long en amont de la Renaissance, du Moyen Âge au XVIsiècle.

Une présentation plus détaillée des axes suggérés, assortie d’une bibliographie, est à lire dans le fichier pdf ci-dessous.

Parution – Michel d’Amboise

Parution du tome V des  Œuvres complètes, de Michel d’Amboise, sous la dir. de S. Provini : Tome V – 1544-1547, Paris, Honoré Champion, 2026, 648 p.

qui comprend :

  • Quatre Satyres de Juvenal, éd. Sylvie Laigneau-Fontaine 
  • Le Ris de Democrite et le Pleur de Heraclite, éd. Alice Vintenon

Voir la présentation sur le site de l’éditeur : https://www.honorechampion.com/fr/editions-honore-champion/13408-book-08536417-9782745364173.html

CFP Colloque “Rhétoriqueurs à la rencontre de l’Italie” – Turin 21-23 jan. 2027

Ellen Delvallée, Paola Cifarelli et Anne Schoysman organisent un colloque consacré aux “Rhétoriqueurs à la rencontre de l’Italie”, prévu à Turin du 21 au 23 janvier 2027.

Au-delà de la représentation d’une culture italienne fantasmée (valorisée dans le positionnement d’un Robertet face à Chastelain ou questionnée dans la Concorde des deux langages de Lemaire), il s’agit de mettre au jour les contacts réels des Rhétoriqueurs avec la culture italienne, en vernaculaire ou en latin. Pétrarque ou Boccace semblent être convoqués par pratiquement tous les Rhétoriqueurs, de George Chastelain à Jean Bouchet, mais quel était leur accès réel aux textes des grands auteurs italiens et à ceux de leurs pairs et disciples en Italie ?

Quels contextes, quelles figures italiennes ou italianophiles ont favorisé leur rencontre avec les écrits d’Italie, y compris les textes en latins des écrivains et historiens humanistes ? D’une certaine façon, le présent colloque entend reprendre le projet initial de Pierre Jodogne à propos de Lemaire, en l’étendant à l’ensemble des Rhétoriqueurs, tout en demeurant sensible à des particularités selon les auteurs, les générations ou les milieux d’origine (ville ou cour, de France, de Bourgogne ou d’autres régions). En prenant acte des conclusions de Pierre Jodogne selon lesquelles cette recherche ne saurait caractériser pleinement et à elle seule l’esthétique d’un ou des Rhétoriqueurs, il s’agit néanmoins de poser les fondements historiques et matériels d’une telle étude, qui apparaît comme inédite et nécessaire.

Les propositions de communication, comprenant un titre et un résumé d’environ 200 mots, sont à envoyer à Ellen Delvallée (ellen.delvallee@univ-grenoble-alpes.fr) d’ici le 31 mai 2026.

Parution – Anthologie des rhétoriqueurs

Vient de paraître aux éditions Classiques Garnier :

Anthologie des Rhétoriqueurs,

sous la direction d’ Ellen Delvallée et Estelle Doudet : édition scientifique de François Cornilliat, Nathalie Dauvois, Adeline Desbois-Ientile, Philippe Frieden et Sandra Provini, Paris, Classiques Garnier [Recherches littéraires médiévales, n° 46], 2026, 644 p.

 

Entre 1450 et 1530, les Rhétoriqueurs ont formé un vaste réseau de poètes-orateurs en français. Souvent au service des princes, leurs poésies, spectacles, chroniques en prose et vers ont visé à résoudre les crises du présent. 76 extraits d’une trentaine d’auteurs invitent à les redécouvrir.

Accès à la table des matières

Pour lire l’introduction

L’ensemble de l’ouvrage est en libre accès depuis le site de l’éditeur

colloque annuel Saulnier Humanistes européennes -1-2 avril 2026, Sorbonne U.

1er et 2 avril 2026, Sorbonne Université

Le colloque annuel du centre V.-L. Saulnier sera cette année consacré aux Humanistes européennes.

Organisé par Michèle Clément, Paul-Victor Desarbres et Adeline Lionetto, ce colloque se propose d’interroger l’histoire sociale (conditions d’accès au savoir, famille littéraire, matrimoine…) d’un point de vue genré afin de questionner le « grand récit » de l’humanisme européen, et ainsi renouveler la définition des pratiques humanistes.

Voir programme ci-dessous